Titre : Les Aux', Tome 1
Le Faucheur
Auteur : David Gunn
Résumé : Sven Tveskoeg est un tueur féroce et la pire tête de mule de l'empire. Il n'est humain qu'à 98,2%, le reste lui permettant de guérir d'atroces blessures en un temps record...
C'est sans doute pour ça que l'empereur l'a repéré et incorporé dans son armée d'élite : les Faucheurs ! Là, on lui offre une nouvelle vie... en échange d'une mission. Ou plutôt, un baroud d'une extrême violence hurlée à un rythme effréné.
Au coeur de cet ouragan de métal et de feu, Sven comprend vite qu'il n'est qu'un pion dans un jeu mortel. Et la règle veut que les pions soient toujours sacrifiés.
Mais Sven Tveskoeg emmerde les règles : il crée les siennes.
J'aime : beaucoup
Mon avis : Beaucoup d'action, un excellent roman trépident de sf, avec un personnage cynique, violent... C'est un soldat professionel et combattant hors pair, auquel on offre une nouvelle vie en échange d'une mission à effectuer.
Ce premier tome plante l'action, le décor politique et multiplanétaire. L'action démarre à fond et ne ralentit jamais. Vraiment excellent !
Première phrase : Indigo Jaxx, général des Faucheurs, essuie la sueur de son front, puis ajuste les manches de son uniforme noir aux galons argent.
Dernière phrase : Elle obéit.
Mes passages préférés :Extrait 1 :—Repliez-vous ! crie une voix.
Notre nouveau lieutenant.
Il a dix-sept ans, et il est tellement frais que presque personne ne s'est donné la peine de mémoriser son nom. A présent, c'est inutile.
Un ferox saute d'un toit, pour atterrir derrière lui. Le jeunot se retourne, et la bête sort une griffe, lui ouvrant un second sourire au niveau de la gorge.
Il meurt en silence.
—Riddle est mort ! hurle quelqu'un.
J'apprends le nom du lieutenant, après tout.
—Repli ! Repli !
Résistez, voudrais-je crier. Tenez bon, et mourez comme des hommes !
Les ferox se montrent cruels avec les soldats qui battent en retraite, nos chers officiers aussi d'ailleurs, et ils sont impitoyables. Les hommes meurent par dizaines autour de moi. Ils tentent de rejoindre un mur intérieur qui ne leur procurera qu'un bref répit avant le carnage final. L'atmosphère empeste la merde et la tripaille, l'odeur des ferox enragés et le sang humain giclant sur le sable chauffé a blanc.
Les mouches s'installent rapidement sur les carcasses mutilées.
Des ½ufs seront pondus, des larves vont éclore, et le désert reprendra ce qui n'aurait jamais du être là en premier lieu. La 15ème brigade de la Légion étrangère.
Un ferox s'écroule, la cuirasse a moitié carbonisée. Un jeune.
C'est le seul ennemi blessé pour l'instant.
J'ai l'impression qu'il se passe plusieurs heures avant que le dernier gosse crève. En réalité, quelques minutes à peine ont dû s'écouler, et les ferox ne sont pas des sadiques. Contrairement a ce qu'affirme la rumeur. Ils tuent rapidement et proprement. Ils forcent chaque soldat à s'agenouiller, lui tirent la tête en arrière, et l'égorgent.
Et au suivant...
Ceux qui nient l'intelligence de ces créatures sont des crétins.
Il y a sept ans, quand nous avons construit Fort Libidad, il ne serait pas venu à l'idée de ces bêtes de trancher la gorge d'un homme ou de l'éventrer. Une carapace protège ces points chez un ferox, et ils pensaient qu'il en allait de même pour nous.
Ils ont découvert la vérité semble-t-il, et j'en ai la démonstration : une centaine de cadavres d'adolescents au cou et à la pause ouverts.
Leur chef est énorme.
Il mesure deux mètres soixante-dix, sur un mètre vingt de large. Une multitude d'entailles et de craquelures parsèment sa cuirasse. L'âge a laissé des traînées grises sur son pelage, et un voile sur ses yeux.
Mais quand il s'approche de moi, les autres reculent pour le laisser passer.
Des griffes s'emparent de ma mâchoire et m'obligent à le regarder.
C'est la fin, me dis-je.
Mais les serres ne se referment pas.
A la place, un regard sombre se rive au mien, et il me tord un peu plus le cou pour mieux voir. Il lâche ma tête, puis tapote mon bras en métal. Le son l'intrigue. Il s'agit d'une prothèse rudimentaire tout en pistons, en soudures et en vérins qui ont dépassé depuis très longtemps leur date limite d'utilisation. C'est toujours mieux que l'ignoble moignon qui se cache en dessous.
—C'est votre ½uvre, je grommelle.
Les yeux sombres m'observent.
—Enfin, pas la tienne, dis-je en levant la tête vers le trophée. La sienne.
Le ferox étudie le crâne, et son autre main effleure mon dos labouré. Il plonge un doigt dans mon sang, puis le porte à sa bouche.
Une seconde après, il crache, et crache encore.
J'aurais pu le prévenir.
« Pourri de l'intérieur », disait mon père.
Le vieux chef réfléchit pendant que sa tribu attend. Je me doute que ma mort est une priorité de l'ordre du jour. Je suis le dernier humain en vie dans Fort Libidad, le sang des morts gorgeant le sable de la place d'armes. La puanteur des entrailles répandues rivalise avec celle de mon bourreau.
J'attends, sans le quitter des yeux.
C'est mon unique serment.
Tout le monde fait des promesses sans les tenir. Quand on fait un serment, c'est différent. Enfin, là d'où je viens : un monde tellement arriéré et éloigné que notre chef bien-aimé a hésité avant de l'ajouter à la liste de ses conquêtes.
Mon serment est simple.
Quelle que soit sa forme, je veux regarder la mort dans les yeux. Je saurai me pardonner toutes les promesses non tenues, les dettes contractées, mais si je romps ce serment, Dieu ne me le pardonnera jamais.
Alors, nous nous affrontons du regard. Lui, un chef de tribu frisant les trois mètres, et moi, vingt-huit ans, sergent dégradé de la Légion étrangère, me tenant aussi droit que la douleur me le permet.
— Quoi ? demande-t-il.
Je hausse les sourcils sans men rendre compte.
Mon univers se résume soudain à une paire d'yeux noirs et une voix dans ma tête.
Ca doit être la douleur, me dis-je.
Comme je l'ai dit, quinze coups de fouet peuvent tuer.
Si je n'avais pas un pouvoir de guérison phénoménal, c'est mon cadavre qui aurait accueilli les ferox. La souffrance est tellement intolérable que j'ai du mal a me concentrer sur la question posée par la bête.
— Quoi ? répète-t-elle, plus fort cette fois.
Le bâillon des condamnés est assez fruste. En général, c'est la ceinture de la victime, suffisamment serrée pour l'empêcher de parler, mais assez lâche pour qu'il puisse gémir. L'exemple, il n'y a que ca de vrai.
—Libère-moi, je pense.
Après un moment d'hésitation, la bête coupe mon bâillon d'un seul coup de griffe. C'est un parfait exemple de précision, et ca explique encore mieux pourquoi des gamins à peine en âge de quitter leur foyer gisent dans la poussière derrière moi.
—Soldat, je souffle, pour répondre à la question de la créature pendant qu'elle est encore intéressée.
Le ferox secoue la tête.
—Humain, je rectifie.
Je retourne l'idée dans ma tête. Quand ses babines se retroussent, le chef me rappelle le trophée qui trône sur le poteau. Une fois de plus, je surprends le regard qu'il lance au crâne. J'ignore à quel point il peut lire dans mes pensées, mais il a l'air d'en capter suffisamment.
—Pas humain, répond-il.
Je hausse les épaules. Mauvaise idée.
Il remarque ma grimace, et son « sourire » s'élargit.
—Sale ordure, je crache.
Les griffes se referment lentement sur ma mâchoire. S'il continue, quelque chose va casser. Chez un homme plus fragile, ç'aurait déjà cédé.
— Quoi ? demande-t-il.
Attaché à un poteau, entouré par des cadavres, et la tête broyée par un monstre qui pose des questions existentielles, j'ai pas choisi la meilleure place. Les griffes s'enfoncent un peu plus, et je sens que mes os sont à la limite de la fracture.
Apres tout, j'ai rien à perdre, me dis-je.
—Je ne comprends pas ta question.
Dans le doute, toujours se réfugier derrière la bêtise. Ca marche chaque fois.
La prise se relâche, et son regard se fait moins féroce. Le chef se tourne vers un jeune qui doit faire la moitié de sa taille. En dépit de la crête osseuse et des symboles tribaux qui ornent sa carapace, j'aurais pu le prendre pour une femelle.
Les deux bêtes se regardent.
Le chef recule en agitant la patte comme pour dire : Il est à toi.
Magnifique. Massacré par le nabot de la tribu.
Mais le jeune ferox ne frappe pas. Il m'agrippe le visage et me tord la tête dans tous les sens, comme pour tester l'articulation du cou. A un moment, la bête excède les limites de mes tendons, et je grimace. Elle recule, visiblement surprise...
—Mon cou ne tourne pas autant, espèce de crétin ! je proteste.
Le jeune ferox dévoile ses crocs, manifestement amusé.
— Quoi ?
— Humain.
L'amusement déserte ses traits, et une image apparaît dans mon esprit : un homme nu, attaché à un poteau, le sang coagulant comme une cape sur son dos et ses fesses. L'os brise se ressoude déjà, et les déchirures de ses muscles se referment. Il s'est chié dessus, ce dont je ne me souviens pas, et il a l'air plus petit que ce à quoi je m'attendais, voire insignifiant au milieu de la demi-douzaine de ferox qui...
Deux pensées me tétanisent.
Primo : moins d'une dizaine de ces bêtes suffisent à détruire un fort. Secundo : c'est la première fois que je pense à ces créatures comme...
— Qui ? je crie dans ma tête.
Le jeune me regarde.
Il m'envoie de nouveau l'image du soldat attaché.
—Moi, dis-je.
Je me rappelle alors que les ferox n'ont aucun sens de l'individualité. Il semble que ces bestioles pensent à elles a la troisième personne. Dieu seul sait combien d'hommes ont eu l'occasion de découvrir cette information, et de la coucher par écrit avant d'être réduits en chair a pâté.
—Sven, je reprends. Je m'appelle Sven.
Le ferox a l'air de goûter ce mot dans sa tête. Il finit par opiner, et les autres l'imitent. Ils se retournent comme un seul, et se dirigent vers une portion effondrée du mur que je n'avais même pas remarquée.
— Revenez... Ne partez pas...
Quand mes plaintes échouent, je passe aux insultes, et traite ces molosses de tous les noms, en passant par « andouilles », « monstres » et « lopettes sans couilles ». Pas un ne se retourne sur le carnage ou moi. Ils ne forment qu'une file silencieuse qui se confond déjà avec le sable qui s'étend au-delà de la brèche.
—Tuez-moi ! finis-je par hurler.
La dernière bête se retourne, et mon c½ur cesse de battre l'espace d'une seconde. Il repart, et l'avorton du groupe se hâte de rejoindre les autres.
Extrait 2 :- Je sais. Tous les sujets de l'Empire sont humains, même ceux qui ne le sont pas. C'est la nouvelle loi.
- Vieille de plusieurs centaines d'années.
- Exactement, grogne-t-elle. Le nouvel empereur la modifiera certainement, et la situation ne s'améliorera pas plus...
- A poil ! lâche le sergent.
Il me faut une seconde pour comprendre qu'il s'adresse à moi.
- Seigneur, peste la vieille. Tu aurais pu le doucher avant.
- Il sort du bordel des sergents.
- Ne m'en parle pas... (Elle se retourne vers moi et me désigne une cabine.) File là-dedans.
Il s'agit d'un tube ovale en verre. Il contient un tableau de contrôle inséré dans une console noire et brillante. Aucune indication quant a la fonction des boutons. J'en sélectionne un au hasard.
Rien.
J'appuie de nouveau.
Quelques secondes plus tard, je suis assis par terre, les mains sur les yeux, aveugle par une lumière plus violente que tout ce que j'ai connu dans les déserts au sud de Karbonne. Le sergent se tient juste au-dessus de moi. Il lâche une bordée de jurons.
- Que s'est-il passe ?
- Je ne vois plus rien, merde ! je gronde en essayant de me relever, avant de trébucher. Deux paires de mains viennent à mon secours.
- Ne me dis pas, siffle la femme, que tu as regardé la lumière.
- Je ne savais pas qu'il y en aurait une. On ne m'a rien dit.
Elle adopte un ton plus sérieux.
- Combien de temps as-tu regardé ?
- Une seconde.
- T'es sûr ?
- Plutôt, oui.
J'ai connu assez de déserts et de batailles pour savoir que la lumière aveugle, d'où le réflexe de fermer les paupières. Je distingue déjà sa silhouette. Elle m'observe attentivement. L'instinct a dû me sauver avant que le pire advienne.
- Je vais bien.
- Non, coupe le sergent. On doit te descendre à l'antenne médicale immédiatement.
- Je vais bien. Ecoutez, je vous vois de nouveau.
Des doigts agrippent mon visage et le tournent de côté. La femme. Elle a une poigne d'acier. Son visage s'approche a quelques centimètres, et je sens son haleine fétide. Elle plonge ses yeux dans les miens. Elle me scrute comme si elle pouvait traverser mon crâne.
- Merde, dit-elle. C'est un régénérant !
Ils s'éloignent pour discuter puis reviennent, l'air grave.
- Nous aimerions procéder à quelques tests, déclare la vieille femme.
- Pour vérifier ce que vous savez déjà.
Le sergent Hito a un rictus sarcastique.
Je vois déjà le tableau. Elle veut annoncer au general Jaxx ce quelle a découvert, sans lui révéler quelle a failli aveugler son nouvel animal de compagnie.
- D'accord, je réponds.
Je dois bien ca au sergent. En plus, la douche avait éliminé la puanteur de la vie avec les ferox. Un exploit que même le séjour au Paradis n'avait pas accompli.
La vieille femme me fait asseoir devant un ordinateur, et le sergent Hito examine une rangée de prothèses, en secouant la tête a intervalles réguliers. Arrivé au bout du présentoir, il se retourne et recommence.
- Rien d'assez gros.
- Fais-lui repousser, décrète la femme. Avec sa capacité de régénération, il n'y aura aucun problème.
- Il en veut un en métal, souligne le sergent en me regardant. Je me trompe ?
- Dis-lui qu'il ne peut pas.
- Le problème, c'est qu'il en a certainement le droit.
- Je vois, dit-elle. Un intérêt personnel d'une autorité supérieure, hein ?
L'espace d'une seconde, le sergent donne l'impression de regretter que cette conversation ait commencé, mais je n'écoute pas vraiment. Je suis assis face à un ordinateur dont le rôle semble se limiter à enfoncer des aiguilles dans mon corps et couper ma peau avec des lames. Quoi qu'elle détecte, la machine produit un sacré boucan en s'illuminant et en ronronnant.
A moins qu'elle soit conçue pour fonctionner comme ca.
- Tu as raison, annonce la vieille. Il est humain.
- Plus ?
- Un petit pourcentage d'autre chose.
La neutralité absolue de sa voix attire l'attention du sergent.
- Quoi ?
Elle hausse les épaules, en libérant mon bras organique de ses sangles inutiles. Elle m'essuie avec un truc qui pue l'alcool, et ma peau se referme déjà.
- Une adaptation pratique, murmure Madie.
- On peut le dire.
Quelque chose dans ma voix les incite à se retourner.
- Ca ne s'arrête jamais, j'ajoute, le corps continue quoi qu'il arrive. Aucune souffrance n'est trop intense. Rares sont les blessures trop graves. Le jour où un ferox m'a arraché le bras, j'ai marche cinquante kilomètres pour rentrer au fort.
- C'est un ferox qui t'a fait ça ?
- Un jeune, je précise. Probablement un bébé.
- Que faisais-tu ?
- Je décapitais son père.
La femme jette un coup d'oeil au sergent Hito. Le sens est évident : Qu'est-ce qui t'a pris de m'amener ce maniaque ?
J'explique que l'adulte était déjà mort. Enfin, presque mort. De vieillesse, attention, pas de ses blessures. Mais c'est trop tard. Je lis dans ses yeux la même chose que dans ceux des recrues avant que j'arrête de m'emmerder à leur parler. Quelque chose a mi-chemin entre la peur et l'admiration.
- OK, conclut-elle. Je comprends mieux pourquoi le général le veut. Qu'est-ce qui te plaît autant dans ta prothèse ?
- Elle est puissante.
La vieille soupire, et ca m'ennuie tellement de penser à elle comme ca que je lui demande son prénom complet, et poliment en plus.
- Madeleine, confie-t-elle.
- C'est un joli prénom.
Hito hausse les sourcils, mais je suis sincère. Je ne suis pas en train de discuter avec une pute. C'est un nom plaisant.
- Très ancien, ajoute-t-elle. Il est terrien.
- Vous savez, je murmure, vous êtes la deuxième personne a me parler de cette planète en très peu de temps.
- Qui était l'autre ?
- Une prisonnière au Paradis.
- Je ne veux rien savoir, lâche-t-elle au sergent. Je me trompe ?
Hito fait « non » de la tête.
- La Terre existe-t-elle ?
- Pourquoi penses-tu quelle n'existe pas ?
- A cause d'un truc que m'a dit ma soeur, dis-je en haussant les épaules. Elle prétend que ce monde a été inventé afin d'expliquer pourquoi les choses étaient plus simples dans la galaxie avant... Elle disait toujours des trucs comme ca, mais je ne l'ai jamais trop écoutée. Pourtant, j'ai toujours cru que c'était la vérité.
- C'est une hérésie, souffle Madeleine. Je te conseille d'oublier tes théories sur la Terre quand tu seras avec le général Jaxx.
J'acquiesce, souris pour montrer que j'ai compris, et que j'applique déjà son conseil. Elle ne se détend pas d'un cil.
- Nous vivons une sale époque, continue-t-elle. Beaucoup de gens sont morts.
- Je sais, réponds-je. Faut croire que j'aurais du en faire partie.
Le sergent se racle la gorge, et détourne l'attention de Madeleine vers la rangée de prothèses poussiéreuses. Mais toute vie l'a quittée, et je suppose quelle doit ruminer sa propre histoire.
- On va lui en faire un nouveau, décide-t-elle.
- Pardon ?
- Ce n'est pas parce que personne ne l'a fait depuis des dizaines d'années... (Elle hausse les épaules, déjà décidée.) Nous disposons de fabricators, et de plus de matrices qu'on peut en utiliser. Donne-moi son faux bras.
Quand le sergent m'enlève ma prothèse, elle détourne le regard.
- Et encore, vous auriez du le voir avant.
- Qui a opéré ?
- Mon ancien lieutenant.
- Seigneur, murmure Hito, il aurait pu se servir des Esculapes de combat.
Je suis sur le point de lui expliquer que les lots de fournitures médicales étaient vides quand nous les avons reçus, que rares sont les légionnaires a lire suffisamment bien pour déchiffrer les consignes d'utilisation de toute manière, et que la plupart des bons officiers réussissent des miracles avec un couteau chauffé à blanc. Des exploits qui sont bien au-delà des capacités de vulgaires bottes en métal automatisées.
Inutile.
- Il était ivre, je lâche. Mais il m'a quand même sauvé la vie.
- C'est toi qui l'as sauvée, rectifie Madeleine. Quand tu as ramassé ton bras, et que tu l'as transporté sur cinquante kilomètres...
Je hoche la tête, car ce n'est pas le bon moment d'avouer que j'ai laissé le membre derrière moi, sachant qu'il était devenu inutilisable. A la place, j'avais bandé ma plaie, et rapporté la tête du ferox.
- Nous allons déjà arranger ca, dit-elle.
Et elle s'exécute, avec une froide précision qui m'impressionne au plus haut point. Je ne sais pas où elle a appris tout ca, mais elle sait parfaitement ce qu'elle fait.
- Quelle finition désires-tu ?
- Pour mon nouveau bras ?
- Pour ton moignon.
A la fin, elle perd patience devant mon indécision, et elle me gratifie d'un motif qui ressemble à des écailles de tortue dorées. Ca commence par de la chair, et se transforme peu a peu en une matière proche de la corne de buffle. Pour les détails, elle utilise un scalpel laser sorti d'un tiroir, puis grave une rapide série de marques sur la surface.
- Tu l'as signé, constate la Carne, d'un air surpris.
- C'est la première fois depuis longtemps que je fais un boulot qui me plaît, acquiesce-t-elle. Tu sais ce que lui veut le vieux ?
Le sergent se renfrogne, et elle rit.
- Je ne te parle pas de l'intitulé exact de la mission. Mais au moins le genre.
Il hésite. Mon petit doigt me dit que si je n'étais pas là, il serait plus ouvert.
- Infiltration et extraction, lâche-t-il. Mais sans la phase extraction.
- Avec une partie déguisement ?
Hito la regarde, puis se tourne vers moi. Le message est clair : Comment veux-tu que je camoufle un truc pareil? Et pour la première fois, je me demande ce qu'il continue de trouver étrange chez moi. La Légion est un corps cosmopolite, c'est le but. On se fout de la langue, de la couleur des yeux, et de la forme du crâne.
Je suis grand, et plutôt baraqué. Mais a part les cicatrices sur mon dos, et mon moignon, je ne me suis jamais considéré comme différent. Un peu plus fort, peut-être. Un peu plus déterminé à franchir le dernier kilomètre. Mais tout se résume à cette dose de puissance en plus.
Apres le motif en écaille, je suis prêt a accepter toutes les suggestions de Madeleine. Même si a la fin, elle oublie de suggérer quoi que ce soit, et fait juste ce qui lui plaît. Ca me convient, car j'ai vu des forgerons et des armuriers au sommet de leur art, et aucun n'atteint le niveau de concentration qu'elle déploie en concevant mon nouveau bras.
L'ancien est place sur un établi qui se referme dessus. La prothèse est analysée. Madeleine examine un schéma sur son bureau, sifflote, puis s'approche des rangées de bras artificiels poussiéreux. Elle siffle de nouveau, même si elle a déclare quelle ne les utiliserait pas.
- Elle cherche des idées, me confie le sergent. Fais-lui confiance.
Je hoche la tête.
La prothèse qu'elle crée est impressionnante tant elle sort des critères habituels. L'ancienne, achetée par mon lieutenant, est rustique et grossière, toute en plaques de métal et en pistons, avec des câbles aboutissant à des doigts malhabiles.
Le bras conçu par Madeleine ressemble à celui qui me reste, sauf qu'il est en métal noir. Il pourrait passer pour un vrai de loin, mais quand on se rapproche, il n'est clairement pas naturel. Je parle de métal, parce que sa surface résonne quand on la tape, mais le coude se plie sans plaques d'aciers articulées, et le poignet pivote comme s'il était fait d'os et de tendons.
- Il te plaît ?
Je hoche la tête.
- Vous ne voulez pas le signer?
- J'en ai déjà fait un comme ca avant, sourit-elle. Je ne peux prétendre que c'est un original. Tu veux que je t'arrange le dos ?
Je fais « non » de la tête.
- Pourquoi pas ? demande le sergent Hito.
- Il ne faut jamais oublier certaines leçons.
Et toi, qu'en penses-tu ?
bookaulauJe suis une grande fan de Sven ! J'adore son caractère tête brulé, son répondant, et en plus je l'image en Vin Diesel ! ^^ Le deuxiéme tome est encore mieux !
VIVE SVEN !
VIVE SVEN !
Ok je sors...