Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau, de J.R.R Tolkien

Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau, de J.R.R Tolkien
Titre : Le Seigneur des Anneaux, Tome 1
La communauté de l'Anneau
Auteur : J-R-R Tolkien

Résumé : Aux temps reculés qu'évoque le récit, la Terre est peuplée d'innombrables créatures étranges. Les Hobbits, apparentés à l'Homme, mais proches également des Elfes et des Nains, vivent en paix au nord-ouest de l'Ancien Monde, dans la Comté.
Paix précaire et menacée, cependant, depuis que Bilbon Sacquet a dérobé au monstre Gollum l'Anneau de Puissance jadis forgé par Sauron de Mordor. Car cet anneau est doté d'un pouvoir immense et maléfique. Il permet à son détenteur de se rendre invisible et lui confère une autorité sans limites sur les possesseurs des autres Anneaux. Bref, il fait de lui le Maître du Monde.
C'est pourquoi Sauron s'est juré de reconquérir l'Anneau par tous les moyens. Déjà ses Cavaliers Noirs rôdent aux frontières de la Comté.

J'aime : à la folie
Mon avis : On découvre dans ce premier tome le monde inventé par Tolkien, très précis et très détaillé, ce qui pourrait rebuter pour une première lecture.
Personnellement, je n'ai pas réussi à le lire avant de voir le film, et c'est après que je j'ai dévorée toute la trilogie !
J'ai aimé particulièrement ce premier opus car il présente l'ensemble des personnages, des différentes races peuplant ce monde fabuleux, les enjeux de chaque personnage et le mal qu'ils doivent affronter, ce qu'ils doivent faire pour y remédier.

Première phrase : Ce livre traite dans une large mesure des Hobbits, et le lecteur découvrira dans ses pages une bonne part de leur caractère et un peu de leur histoire.
Dernière phrase : Mettant alors leur chargement sur l'épaule, ils partirent à la recherche d'un sentier qui leur permettrait de franchir les collines grises de l'Emyn Muil pour redescendre dans le Pays de l'Ombre.

Mes passages préférés :
Extrait 1 :
Les Hobbits sont un peuple effacé mais très ancien, qui fut plus nombreux dans l'ancien temps que de nos jours ; car ils aiment la paix, la tranquillité et une terre bien cultivée ; une campagne bien ordonnée et bien mise en valeur était leur retraite favorite. Ils ne comprennent ni ne comprenaient, et ils n'aiment pas davantage les machines dont la complication dépasse celle d'un soufflet de forge, d'un moulin à eau ou d'un métier à tisser manuel, encore qu'ils fussent habiles au maniements des outils. Même dans l'ancien temps, ils se méfiaient des "Grandes Gens", comme ils nous appellent, et à présent où ils nous évitent avec effroi, il devient difficile de les trouver. Ils ont l'oreille fine et l'½il vif, et s'ils ont tendance à l'embonpoint et ne se pressent pas sans nécessité, ils n'en sont pas moins lestes et adroits dans leurs mouvements. Ils ont toujours eu l'art de disparaître vivement et en silence quand des Grandes Gens qu'ils ne désirent pas rencontrer viennent par hasard de leur côté, et cet art, ils l'ont développé au point qu'aux Hommes il pourrait paraître magique. Mais les Hobbits n'ont en fait jamais étudié de magie d'aucune sorte, et leur caractère insaisissable est dû uniquement à une habilité professionnelle que l'hérédité et la pratique, ainsi qu'une amitié intime avec la terre, ont rendue inimitable pour les races plus grandes et plus lourdes.
Car ce sont de petites personnes, plus menues que les nains : ils sont moins gros et trapus, disons, même s'ils ne sont pas vraiment gros et trapus, disons, même s'ils ne sont pas vraiment beaucoup plus courts. Leur taille est variable et va de 60 cm à 1 m 20 selon notre mesure. Aujourd'hui, ils atteignent rarement 90 cm ; mais ils ont diminué, disent-ils, et dans l'ancien temps ils étaient plus grands. D'après le Livre Rouge, Bandobras Touque (Le Taureau mugissant), fils d'Isengrin II, mesurait 1 m 40 et il était capable de monter à cheval. Il ne fut dépassé dans toutes les annales hobbites que par deux personnages fameux de l'ancien temps ; mais il sera traité de ce curieux sujets dans le présent livre.
Quant aux hobbits de la Comté , dont il s'agit dans ces récits, ils étaient, du temps de leur paix et de leur prospérité, de joyeuses gens. Ils se vêtaient de couleurs vives et affectionnaient particulièrement le jaune et le vert ; mais ils portaient rarement des chaussures, leurs pieds ayant la plante dure comme du cuir et étant revêtus d'un épais poil frisé, très semblable à leur chevelure, communément brune. Ainsi le seul métier manuel qui fût peu en honneur chez eux était-il la cordonnerie ; mais ils avaient les doigts longs et habiles, et ils savaient fabriquer bien d'autres objets utiles et agréables à l'½il. Leur visage était en règle générale plus aimable que beau – large, avec les yeux brillants, les joues rouges et la bouche toute prête au rire, au manger et au boire. Et, pour ce qui était de rire, de manger et de boire, ils le faisaient bien, souvent et cordialement, car ils aimaient les simples facéties en tout temps et six repas par jour (quand ils pouvaient les avoir). Ils étaient hospitaliers, et ils se plaisaient aux parties ainsi qu'aux cadeaux, qu'ils s'offraient avec libéralité et qu'ils acceptaient avidement.
Il est clair qu'en dépit d'un éloignement ultérieur, les Hobbits nous sont apparentés : ils sont beaucoup plus proches de nous que les Elfes ou même que les Nains. Ils parlaient autrefois la langue des hommes, à leur propre façon, et leurs goûts étaient très semblables à ceux des hommes dans leurs inclinations ou leurs aversions. Mais il est impossible de découvrir aujourd'hui notre relation exacte. L'origine des Hobbits remonte très loin dans les temps anciens, maintenant perdus et oubliés. Seuls les Elfes conservent encore des annales de cette époque évanouie, et leurs traditions ne concernent pratiquement que leur propre histoire, dans laquelle les Hommes apparaissent rarement et où il n'est fait aucune mention des Hobbits. Il est cependant clair que ceux-ci avaient, en fait, vécu tranquillement dans la Terre du Milieu durant de longues années avant que d'autres n'eussent même conscience de leur existence. Et le monde était après tout rempli d'innombrables créatures étranges, ce petit peuple semblait de bien peu d'importance. Mais du temps de Bilbon et de son héritier Frodon, ils devinrent soudain, malgré eux, importants et renommés, et ils troublèrent les conseils des Sages et des Grands.

Extrait 2 :
Il se tut et ferma les yeux. Au bout d'un moment, il reprit :
- Je viens de faire mon compte, et je ne parviens pas à amener le total jusqu'au 24 octobre. Ce devrait être le 21. Nous avons dû atteindre le Gué le 20.
- Vous avez parlé et calculé beaucoup trop dans l'état où vus êtes, dit Gandalf. Comment vont votre côté et votre épaule ?
- Je ne sais pas, répondit Frodon. Je ne les sens pas du tout : ce qui est un progrès, mais (il fit un effort) je puis bouger de nouveau un peu le bras. Oui, il reprend vite. Il n'est pas froid, ajouta-t-il, tâtant sa main gauche avec la droite.
- Bon ! dit Gandalf. Elle se remet rapidement. Vous ne tarderez pas à être tout à fait rétabli. Elrond vous a guéri : il vous a soigné plusieurs jours durant, depuis le moment où on vous a apporté ici.
- Des jours ?
- Eh bien, quatre nuits et trios jours, pour être précis. Les Elfes vous ont apporté du Gué dans la nuit du 20, et c'est là que vous avez perdu votre compte. Nous avons été terriblement inquiets, et Sam n'a guère quitté votre chevet, jour et nuit, sauf pour transmettre des messages. Elrond est maître en l'art de guérir, mais les armes de notre Ennemi sont meurtrières. A vrai dire, j'avais très peu d'espoir ; car je soupçonnais qu'il restait un fragment de la lame dans la blessure fermée. Mais on n'a pu le trouver qu'hier soir. Elrond a alors extrait un éclat. Celui-ci était profondément enfoncé, et il s'avançait toujours plus loin.
Frodon frissonna au souvenir du cruel poignard à la lame encochée qui avait disparu entre les mains de Grands-Pas.
- Ne vous tourmentez pas ! dit Gandalf. Elle est partie à présent. Elle a été fondue. Et il semble que les Hobbits sont peu empressés à disparaître. J'ai connu de forts guerriers parmi les Grandes Gens dont cet éclat serait rapidement venu à bout, alors que vous l'avez porté en vous pendant dix-sept jours.
- Que m'auraient-ils fait ? demanda Frodon. Qu'est-ce que les Cavaliers Noirs essayaient de faire ?
- Ils ont tenté de vous percer le c½ur d'un poignard de Morgul, qui demeure dans la blessure. S'ils avaient réussi, vous seriez devenu comme eux, mais en restant plus faible et en leur étant soumis. Vous seriez devenu un spectre sous la domination du Seigneur Ténébreux ; et il vous aurait tourmenté pour avoir tenté de garder son Anneau, pour autant qu'il puisse y avoir tourment plus grand que d'être volé et de voir l'Anneau à son doigt.
- Dieu merci, je ne m'étais pas rendu compte de cet horrible danger ! dit Frodon d'une voix faible. J'avais mortellement peur, bien sûr ; mais si j'en avais su davantage, je n'aurais pas même osé bouger. C'est miracle que j'en aie réchappé !
- Oui, la chance ou le destin vous ont aidé, sans parler du courage, dit Gandalf. Car votre c½ur n'a pas été touché et seule votre épaule a été percée ; et cela, c'est parce que vous avez résisté jusqu'au bout. Mais cela n'a tenu qu'à un fil, pour ainsi dire. Vous étiez le plus menacé pendant que vous portiez l'Anneau, car alors vous étiez vous-même à demi dans le monde des spectres, et ils auraient pu vous saisir. Vous pouviez les voir, et ils pouvaient vous voir de même.
- Je sais, dit Frodon. Leur aspect était terrible ! Mais pourquoi leurs chevaux nous étaient-ils visibles à tous ?
- Parce que c'en étaient de vrais ; tout comme les robes noire sont de véritables robes qu'ils portent pour donner une forme à leur néant quand ils ont à faire aux vivants.
- Alors, pourquoi ces chevaux noirs supportent-ils de pareils cavaliers ? Tous les autres animaux sont terrifiés à leur approche, même le cheval elfique de Glorfindel. Les chiens hurlent et les oies poussent des cris aigus après eux.
- Parce que ces chevaux sont nés et ont été dressés au service du Seigneur Ténébreux en Mordor. Ses serviteurs et ses animaux ne sont pas tous des spectres ! Il y a des orques et des trolls, des ouargues et les loups-garous ; et il y a eu – il y en a encore – de nombreux hommes, guerriers et rois, qui vont et viennent vivants sous le soleil et qui sont pourtant sous son empire. Et leur nombre croît de jour en jour.
- Et Fondcombe et les Elfes ? Fondcombe est-il sûr ?
- Oui, pour le moment, jusqu'à ce que tout le reste soit conquis. Les Elfes peuvent redouter le Seigneur Ténébreux et fuir devant lui, mais jamais plus ils ne l'écouteront ni ne le serviront. Et ici, à Fondcombe, vivent encore certains de ses principaux ennemis : les Sages-Elfes, seigneurs de l'Eldar d'au-delà des mers les plus lointaines. Ils ne craignent pas les Esprits Servants de l'Anneau, car ceux qui ont demeuré dans le Royaume Béni vivent en même temps dans les deux mondes, et ils ont grand pouvoir tant sur le Visible que sur l'Invisible.
- J'ai cru voir une forme blanche qui brillait et ne devenait pas indistincte comme les autres. Etait-ce donc Glorfindel ?
- Oui, vous l'avez vu un moment tel qu'il est de l'autre côté : l'un des puissants des Premiers-Nés. C'est un Seigneur elfe, d'une maison princière. En fait, il existe pour quelque temps à Fondcombe un pouvoir de résistance à la puissance de Mordor ; et ailleurs, résident d'autres pouvoirs. Il y en a aussi un d'une autre sorte dans la Comté. Mais tous ces endroits deviendront bientôt îlots assiégés, pour peu que les choses continuent de suivre le cours qu'elles ont pris. Le Seigneur Ténébreux déploie toute sa force. Néanmoins, dit-il, se dressant soudain, le menton en avant, tandis que sa barbe se faisait raide et droite comme du fil de fer hérissé, nous devons conserver tout notre courage – vous serez bientôt rétabli si je ne vous tue pas de paroles. Vous êtes à Fondcombe, et vous n'avez à vous préoccuper de rien pour le moment.
- Je n'ai pas de courage à conserver, dit Frodon, mais je ne suis pas tourmenté à présent. Donnez-moi simplement des nouvelles de mes amis et racontez-moi la fin de l'affaire du Gué, comme je ne cesse de vous le demander, et je serai satisfait pour l'instant.

Extrait 3 :
Frodon s'assit sur la pierre et posa son menton dans ses mains, les yeux fixés sur l'est, mais sans voir grand-chose. Tout ce qui s'était passé depuis que Bilbon avait quitté la Comté défilait dans sa tête, et il repassait dans sa mémoire les paroles de Gandalf, réfléchissant à tout ce qu'il pouvait se rappeler. Le temps passa sans qu'il pût voir se dessiner un choix.
Soudain, il s'éveilla de ses pensées : il était pris de l'étrange sentiment d'une présence derrière lui, d'yeux hostiles posés sur lui. Il se releva vivement et se retourna ; mais il eut la surprise de ne voir que Boromir, dont le visage était souriant et amical.
- Je craignais pour vous, Frodon, dit-il, s'avançant. Si Aragorn a raison et qu'il y ait des orques dans les environs, aucun de nous ne devrait se promener tout seul, vous moins que quiconque : tant de choses reposent sur vous ! Et aussi j'ai le c½ur lourd. Puis-je rester maintenant et parler un moment, puisque je vous ai trouvé ? Ce me serait un réconfort. Quand on est aussi nombreux, toute parole se transforme en débat sans fin. Mais deux personnes ensemble peuvent peut-être trouver la sagesse.
- C'est très bon à vous, répondit Frodon. Mais je ne crois pas que la parole me soit d'aucun secours. Car je sais ce que je devrais faire, mais j'ai peur de le faire, Boromir : peur !
Boromir resta silencieux. Le Rauros grondait sans fin. Le vent murmurait dans les branches. Frodon frissonna.
Boromir vint soudain s'asseoir à côté de lui :
- Etes-vous sûr de ne pas souffrir inutilement ? dit-il. Je voudrais vous aidez. Vous avez besoin d'un conseil dans votre dur choix. Voulez-vous acceptez le mien ?
- Je crois déjà connaître celui que vous me donneriez, Boromir, dit Frodon. Et cela paraîtrait la sagesse, n'était la mise en garde que me donne mon c½ur.
- Une mise en garde ? Contre quoi ? demanda vivement Boromir.
- Contre tout délai. Contre la manière qui paraît la plus facile. Contre le refus du fardeau qui m'est imposé. Contre... eh bien, contre la foi en la force et la loyauté des Hommes.
- Cette force vous a pourtant longtemps protégé, là-bas dans votre pays, même si vous l'ignoriez.
- Je ne doute pas de la valeur des vôtres. Mais le monde est en train de changer. Les murs de Minas Tirith peuvent être puissants, mais ils ne le sont pas assez. S'ils cèdent, que se passera-t-il alors ?
- Nous tomberons vaillamment au combat. Mais il y a encore de l'espoir qu'ils ne cèderont pas.
- Aucun, tant qu'existera l'Anneau, dit Frodon.
- Ah ! L'Anneau ! dit Boromir, les yeux brillants. L'Anneau ! N'est-ce pas un étrange destin que nous devions endurer tant de peur et de doutes pour une si petite chose ? Une si petite chose ! Et je ne l'ai vu qu'un seul instant dans la Maison d'Elrond. Ne pourrais-je le voir de nouveau ?
Frodon leva la tête. Son c½ur se glaça soudain. Il avait saisi l'étrange lueur des yeux de Boromir, quoique le visage de celui-ci fût toujours bon et amical.
- Mieux vaut qu'il reste caché, répondit-il.
- Comme vous voudrez. Cela m'est égal, dit Boromir. Mais ne puis-je même en parler ? Car vous paraissez ne penser sans cesse qu'à pouvoir entre les mains de l'Ennemi : de son emploi néfaste et non du bien qui est en lui. Le monde change, dites-vous. Minas Tirith tombera, si l'Anneau demeure. Mais pourquoi ? Indubitablement, si l'Anneau était chez l'ennemi. Mais pourquoi, s'il est avec nous ?
- N'avez vous pas assisté au Conseil ? répondit Frodon. Parce que nous ne pouvons nous en servir et que ce que l'on fait de lui tourne en mal.
Boromir se leva et se mit à marcher avec impatience.
- Ainsi, vous continuez ! s'écria-t-il. Gandalf, Elrond – tous ceux-là vous ont appris à raconter cela. En ce qui les concerne, ils pouvaient avoir raison. Ces Elfes, Semi-Elfes et magiciens, il leur adviendrait peut-être malheur. Mais je me demande souvent s'ils sont sages et non pas simplement timides. Mais à chacun selon son espèce. Les hommes loyaux, eux, ne seront pas corrompus. Nous autres, de Minas Tirith, nous nous sommes montrés fermes pendant de longues années d'épreuve. Nous ne recherchons pas le pouvoir des seigneurs magiciens, mais seulement la force de nous défendre, la force au service d'une juste cause. Et voyez ! dans notre besoin, la chance met au jour l'Anneau de Puissance. C'est un don, dis-je ; un don aux ennemis du Mordor. C'est folie de ne pas s'en servir, se servir du pouvoir de l'Ennemi contre lui-même. Les impavides, les sans-merci, ceux-là seuls acquerront la victoire. Que ne pourrait un guerrier, un grand chef, en cette heure ? Que ne pourrait Aragorn ? Ou, s'il refuse, pourquoi pas Boromir ? L'Anneau me donnerait le pouvoir du commandement. Ah ! comme je chasserais les armées du Mordor, et tous les hommes se presseront sous ma bannière !
Boromir allait et venait, parlant de plus en plus fort. Il semblait presque avoir oublié Frodon, tandis que son discours roulait sur les murs, les armes et le rassemblement d'hommes ; et il tirait des plans de grandes alliances et de glorieuses victoires à venir ; il abattait le Mordor et devenait lui-même un puissant roi, sage et bienveillant. Il s'arrêta soudain, en agitant les bras.
- Et on nous dit de le jeter ! cria-t-il. Je ne dis pas de le détruire. Cela pourrait être bien, si la raison autorisait aucun espoir de le faire. Ce n'est pas le cas. Le seul plan qui nous est proposé est qu'un semi-homme pénètre à l'aveuglette en Mordor, offrant toute chance à l'ennemi de récupérer l'Anneau pour son propre compte. Quelle folie !

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Et toi, qu'en pense-tu ?

# Posté le samedi 10 juin 2006 02:30

Modifié le samedi 03 octobre 2009 18:01

Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, de J.R.R Tolkien

Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, de J.R.R Tolkien
Titre : Le Seigneur des Anneaux, Tome 2
Les Deux Tours
Auteur : J-R-R Tolkien

Résumé : Après la mort de Boromir et la disparition de Gandalf, la Communauté s'est scindée en trois.
Perdus dans les collines d'Emyn Muil, Frodon et Sam découvrent qu'ils sont suivis par Gollum, une créature versatile corrompue par l'Anneau. Celui-ci promet de conduire les Hobbits jusqu'à la Porte Noire du Mordor.
A travers la Terre du Milieu, Aragorn, Legolas et Gimli font route vers le Rohan, le royaume assiégé de Theoden. Cet ancien grand roi, manipulé par l'espion de Saroumane, le sinistre Langue de Serpent, est désormais tombé sous la coupe du malfaisant Magicien. Eowyn, la nièce du Roi, reconnaît en Aragorn un meneur d'hommes.
Entretemps, les Hobbits Merry et Pippin, prisonniers des Uruk-hai, se sont échappés et ont découvert dans la mystérieuse Forêt de Fangorn un allié inattendu : Sylvebarbe, gardien des arbres, représentant d'un ancien peuple végétal dont Saroumane a décimé la forêt...

J'aime : à la folie
Mon avis : Dans ce deuxième tome de la trilogie du Seigneur des Anneaux, nous suivons en parralèle les aventures des différents héros, qui se sont séparés à la fin du premier tome.
Nous pouvons suivre Frodon et Sam qui font route vers le Mordor, Aragorn, Legolas et Gimli se dirigent vers le Rohan tandis que Merry et Pippin, prisonniers des Uruk-hai, découvrent de mystérieux alliés dans la forêt de Fangorn.
Nous suivons donc la Communauté de l'Anneau, bien décidés à accomplir leur tâche, à n'importe quel prix.
J'ai beaucoup aimé cette suite, qui nous fait découvrir la suite de leurs aventures, de nouveaux personnages, de nouvelles batailles et épreuves.
A lire !

Première phrase : Aragorn gravit rapidement la colline.
Dernière phrase : Frondon était vivant, mais pris par l'Ennemi.

Mes passages préférés :
Extrait 1 :
Il examina la pelouse verte, rapidement mais avec soin, se baissant même jusqu'à terre. "Aucun Orque n'a passé sur ce sol, dit-il. Autrement, on ne peut rien discerner avec certitude. Toutes nos empreintes sont là, à l'aller comme au retour. Je ne saurais dire si des hobbits sont revenus depuis le début de la recherche de Frodon." Il retourna à la rive, tout près de l'endroit où le ruisselet de la source dégouttait dans la Rivière. "Il y a des empreintes nettes, ici, dit-il. Un hobbit est venu patauger dans l'eau et est remonté ; mais je ne sais s'il y a longtemps ou non."
"Comment interprétez-vous cette énigme, alors ?" demanda Gimli.
Aragorn ne répondit pas tout de suite, mais il retourna à l'endroit du campement et examina le bagage. "Il manque deux ballots, dit-il, et l'un est certainement celui de Sam : il était assez gros et lourd. Voici donc la réponse : Frodon est parti en barque, et son serviteur l'a accompagné. Frodon a dû revenir pendant que nous étions tous absents. J'ai rencontré Sam qui montait la colline et je lui ai dit de me suivre ; ce qu'il n'a manifestement pas fait. Il aura deviné l'intention de son maître et il sera revenu ici avant le départ de Frodon. Celui-ci aura trouvé difficile de laisser Sam derrière !"
"Mais pourquoi nous aurait-il laissés, nous, et sans un mot ? demanda Gimli. C'est un acte étrange !"
"Et courageux, dit Aragorn. Sam a eu raison, je pense. Frodon ne voulait entraîner aucun ami à la mort avec lui en Mordor. Mais il savait qu'il devait lui-même y aller. Quelque chose s'est passé après qu'il nous eut quittés, qui a eu raison de sa crainte et de ses doutes."
"Peut-être des chasseurs orques l'ont-ils surpris et a-t-il fui", dit Legolas.
"Il a certainement fui, dit Aragorn, mais non pas devant des Orques, à mon avis." Il ne dit pas à quoi étaient dues, à son avis, la soudaine résolution et la fuite de Frodon. Il garda longtemps par-devers lui les derniers mots de Boromir.
"Une chose est claire, en tout cas, dit Legolas : Frodon n'est plus de ce côté de la Rivière : il est le seul à avoir pu prendre la barque. Et Sam est avec lui ; c'est le seul qui aurait pris son ballot."
"Nous n'avons donc pour choix, dit Gimli, que de prendre l'embarcation restante et de suivre Frodon, ou de suivre les Orques à pied. Il y a peu d'espoir d'un côté comme de l'autre. Nous avons déjà perdu des heures précieuses."
"laissez-moi réfléchir ! dit Aragorn. Puissé-je faire maintenant un bon choix et changer le sort néfaste de ce malheureux jour !" Il resta un moment silencieux. "Je vais suivre les Orques, dit-il enfin. J'aurais guidé Frodon jusqu'en Mordor et je l'aurais accompagné jusqu'à la fin ; mais pour le chercher maintenant dans les terres sauvages, il me faudrait abandonner les prisonniers aux tourments et à la mort. Mon c½ur parle enfin clairement : le sort du Porteur n'est plus entre mes mains. La Compagnie a joué son rôle. Mais nous qui restons, nous ne pouvons abandonner nos compagnons tant qu'il nous reste quelque force. Allons ! Partons maintenant. Laissez là tout ce dont nous pouvons nous passer ! Nous allons forcer le pas, jour et nuit !"

Ils remontèrent la dernière barque et la portèrent jusqu'aux arbres. Ils placèrent dessous tout ce qui ne leur était pas indispensable et qu'ils ne pouvaient emporter. Puis ils quittèrent Parth Galen. L'après-midi s'achevait comme ils revenaient à la clairière où était tombé Boromir. Ils relevèrent là la trace des Orques. Il n'y fallait pas une grande habileté.
"Nuls autres ne font pareil piétinement, dit Legolas. Il semble qu'ils fassent leurs délices de taillader et d'écraser tout ce qui pousse, même si ce n'est pas sur leur chemin."
"Leur rapidité n'en est pas moins grande, dit Aragorn ; et ils ne se fatiguent point. Et par la suite, nous aurons peut-être à découvrir notre route sur des sols durs et nus."
"Eh bien, à leurs trousses ! dit Gimli. Les Nains aussi peuvent aller vite, et ils ne se fatiguent pas plus tôt que les Orques. Mais la chasse sera longue : ils ont une bonne avance."
"Oui, dit Aragorn, nous aurons tous besoin de l'endurance des Nains. Mais allons ! Avec ou sans espoir, nous suivrons la trace de nos ennemis. Et malheur à eux si nous nous révélons les plus rapides ! Nous allons effectuer une chasse qui fera l'étonnement des Trois Races apparentées : Elfes, Nains et Hommes ! Sus, les Trois Chasseurs !"
Il s'élança tel un cerf. Il vola parmi les arbres, les entraînant toujours en avant, infatigable et rapide, sa décision étant enfin prise.


Extrait 2 :
Ils virent qu'ils n'avaient pénétré que de trois ou quatre milles dans la forêt : les têtes des arbres descendaient le long des pentes vers la plaine. Là, à la frange de la forêt, de hautes volutes de fumée noire s'élevaient en spirale pour venir flotter en vacillant dans leur direction.
"Le vent tourne, dit Merry. Il est revenu à l'est. Il fait frais ici."
"Oui, dit Pippin ; je crains que ce ne soit qu'un rayon passager et que tout ne redevienne gris. Quel dommage ! Cette vieille forêt hirsute semblait si différente au soleil ! J'ai presque eu l'impression d'aimer cet endroit."

"Presque eu l'impression d'aimer la Forêt ! Voilà qui est bien ! C'est singulièrement bon de votre part, dit une voix étrange. Retournez-vous, que je regarde un peu vos visages. J'ai presque l'impression que vous m'êtes tous les deux antipathiques, mais pas de jugements hâtifs. Retournez-vous !"
Une grande main noueuse se posa sur leurs épaules et les fit doucement, mais irrésistiblement pivoter ; puis deux grands bras les soulevèrent.
Ils se trouvèrent alors regarder une figure des plus extraordinaires. Sa forme était semblable à celle d'un Homme, presque d'un Troll, de haute taille, quatorze pieds au main, très robuste, avec une haute tête et presque pas de cou. Il était difficile de discerner s'il était vêtu d'une matière ressemblant à une écorce verte et grise ou si c'était sa propre peau. En tout cas, les bras, à une certaine distance du tronc, n'étaient pas ridés, mais recouverts d'une peau lisse et brune. Les grands pieds avaient sept doigts chacun. La partie inférieure de la longue figure était couverte d'une vaste barbe grise, broussailleuse, presque rameuse à la racine, ténue et mousseuse à l'extrémité. Mais sur le moment, les hobbits ne remarquèrent guère que les yeux. Ces yeux profonds les examinaient à présent, lents et solennels, mais très pénétrants. Ils étaient bruns, traversés d'une lueur verte. Pippin devait souvent par la suite essayer de décrire la première impression qu'il en avait éprouvée.
"On aurait dit qu'il y avait derrière un énorme puits, rempli de siècles de souvenirs et d'une longue, lente et solide réflexion ; mais la surface scintillait du présent : comme le soleil qui miroite sur les feuilles extérieures d'un vaste arbre ou sur les ondulations d'un lac très profond. Je ne sais pas, mais on avait l'impression d'une chose qui pousserait dans la terre – d'endormie, pour ainsi dire – ou qui se sentirait entre l'extrémité de la racine et le bout de la feuille, entre la terre profonde et le ciel, se serait soudain éveillée et vous considérerait avec la même lente attention qu'elle aurait consacrée à ses propres affaires intérieures durant des années sans fin."
"Hrum, Houm, murmura la voix, une voix profonde comme celle d'un bois très grave. Très curieux, assurément ! Pas de jugements hâtifs, c'est ma devise. Mais si je vous avais vus avant d'entendre vos voix – je les ai aimées, de jolies petites voix ; elles me faisaient penser à quelque chose que je puis me rappeler – si je vous avais vus avant de vous entendre, je vous aurais simplement écrasés, vous prenant pour de petits orques, et j'aurais ensuite découvert mon erreur. Vous êtes très curieux, assurément. Racine et ramille, très curieux !"
Pippin, quoique toujours étonné, n'avait plus de crainte. Il sentait, sous ces yeux, une curieuse incertitude, mais point de peur. "Qui êtes-vous, je vous prie ? demanda-t-il. Et qu'êtes-vous ?"
Un regard bizarre se montra dans les vieux yeux, une sorte de circonspection ; les puits profonds étaient de nouveaux recouverts. "Eh bien, hrum, répondit la voix ; enfin, je suis un Ent, ou c'est ainsi qu'on me nomme. Oui, Ent, c'est le mot. L'Ent, que je suis, pour ainsi dire, dans votre façon de vous exprimer. Selon certains, mon nom est Fangorn ; d'autres disent Sylvebarbe. Sylvebarbe conviendra."
"Un Ent ? dit Merry. Qu'est-ce que cela ? Mais comment vous nommez-vous, vous-même ? Quel est votre nom véritable ?"
"Hou, voyons ! répliqua Sylvebarbe. Hou ! Ce serait tout dire ! Pas tant de hâte. Et c'est moi qui pose les questions. Vous êtes dans mon pays. Qui êtes-vous vous-mêmes, je me le demande ? Je ne vous situe pas. Vous ne semblez pas relever des anciennes listes que j'ai apprises dans mon jeune âge. Mais cela, c'était il y a bien longtemps, longtemps, et on en a peut-être fait de nouvelles. Voyons ! Voyons ! Comment était-ce ?

Apprenez maintenant la science des Créatures Vivantes !
Nommez d'abord les quatre, les gens libres :
Aînés de tous, les enfants des Elfes ;
Le Nain, fouilleur, sombres sont ses demeures ;
L'Ent, né de la terre, vieux comme les montagnes ;
L'Homme, mortel, maître des chevaux ;


Hum, hum, hum.

Le castor, constructeur, le daim, sauteur,
L'ours, chasseur d'abeilles, le sanglier, lutteur ;
Le chien courant est affamé, le lièvre peureux...


Hum, hum.

L'aigle dans son aire, le b½uf dans son pâturage,
Le cerf couronné de bois ; le faucon est plus rapide,
Le cygne le plus blanc, le serpent le plus froid...


Houm, hum ; houm, hum, comment était-ce ? Boum tum, roum tum, roumty toum tum. C'était une longue liste. Mais de toute façon, il semble que vous ne cadriez nulle part !"
"Il paraît qu'on a toujours été oubliés dans les anciennes listes et les anciennes histoires, dit Merry. Pourtant nous nous sommes promenés pas mal de temps. Nous sommes des hobbits."
"Pourquoi ne pas faire un nouveau vers ? dit Pippin :

Les hobbits semi-poussés, habitants des trous.

"Mettez-nous parmi les quatre, auprès de l'Homme (les Grandes Gens), et vous y serez."
"Heu ! Pas mal, pas mal, dit Sylvebarbe. Ca irait. Ainsi vous vivez dans les trous, hein ? Cela paraît très bien et convient parfaitement. Qui vous appelle hobbits, toutefois ? Cela ne me semble pas elfique. Les Elfes ont créé tous les anciens mots ; ce sont eux qui ont commencé la chose."
"Personne d'autre ne nous appelle hobbits ; nous nous nommons ainsi nous-mêmes", dit Pippin.
"Houm, houm ! Allons ! Pas si vite ! Vous vous nommez vous-mêmes hobbits ? Mais vous ne devriez pas aller le raconter à n'importe qui. Vous allez révéler vos propres noms réels, si vous ne faites pas attention."
"Nous ne faisons pas attention à cela, dit Merry. En fait, je suis un Brandebouc, Meriadoc Brandebouc, encore que la plupart des gens m'appellent Merry."
"Et moi, je suis un Touque, Peregrin Touque ; mais on me nomme généralement Pippin, ou même Pip.
"Hum, vous êtes vraiment des gens irréfléchis, dit Sylvebarbe. Votre confiance m'honore, mais vous ne devriez pas être trop francs tout de suite. Il y a Ents et Ents, vous savez ; ou il y a des Ents et des choses qui ressemblent aux Ents, mais qui n'en sont pas, pour ainsi dire. Je vous appellerai Merry et Pippin, s'il vous plaît – ce sont de jolis noms. Car moi, je ne vais pas vous donner le mien, pas encore, en tout cas." Une curieuse expression mi-entendue, mi-humoristique se montra dans un scintillement vert de ses yeux. "D'abord ce serait un peu long : mon nom s'allonge sans cesse, et j'ai vécu très, très longtemps ; de sorte que mon nom est comme une histoire. Les vrais noms vous racontent l'histoire des choses auxquels ils appartiennent, dans ma langue, en vieil entien, pourrait-on dire. C'est une très belle langue, mais il faut très longtemps pour dire quoi que ce soit, quand on l'emploie, parce que nous ne nous en servons que pour parler des choses qui valent une longue narration et une longue écoute."


Extrait 3 :
"Je ne sais pas trop ce qui est du danger, dit Sam. J'ai idée que les gens apportent leur danger avec eux en Lorien et qu'ils l'y trouvent parce qu'ils l'y ont apporté. Mais peut-être pourrait-on l'appeler dangereuse parce qu'elle est si forte en elle-même. Vous, vous pourriez vous briser en miettes contre elle, comme un navire sur un rocher ; ou vous noyer, comme un hobbit dans une rivière. Mais ni le rocher ni la rivière ne seraient à blâmer. Or, Boro..." Il s'arrêta et devint tout rouge.
"Oui ? Or Boromir, disiez-vous ? reprit Faramir. Qu'alliez-vous dire ? Il a amené son danger avec lui ?"
"Oui, Monsieur, sauf votre respect, et un bel homme comme était votre frère, si vous me permettez de donner mon avis. Mais vous avez été près de la vérité tout du long. J'ai observé Boromir et je l'ai écouté tout le long de la route depuis Fondcombe – pour veiller sur mon maître, vous comprenez, et sans vouloir aucun mal à Boromir – et j'ai idée que c'est en Lorien qu'il vit clairement ce que j'avais deviné dès avant cela : ce qu'il voulait. Du moment même où il le vit, il voulut posséder l'Anneau de l'Ennemi !"
"Sam !" s'écria Frodon, consterné. Il était depuis un moment plongé dans ses propres pensées, et il en sortait brusquement, mais trop tard.
"Oh là là ! dit Sam, blêmissant, puis passant à l'écarlate. M'y voilà encore ! Chaque fois que tu ouvres ta grande gueule, tu mets les pieds dans le plat, me disait l'Ancien, et il avait bien raison. Ah pauvre de moi ! Ecoutez, Monsieur ! (Il se tournait face à Faramir avec tout le courage qu'il pouvait rassembler.) N'allez pas tirer davantage de mon maître parce que son serviteur n'est qu'un imbécile. Vous nous avez bercés de belles paroles tout du long, vous avez endormi ma vigilance en parlant des Elfes et tout ça. Mais beau est qui bien fait, comme on dit chez nous. Voilà l'occasion de montrer votre qualité."
"C'est ce qu'il semble, dit Faramir, lentement et d'une voix très douce, avec un étrange sourire. Voilà donc la réponse à vos énigmes ! L'Anneau Unique que l'on croyait disparu du monde. Et Boromir a tenté de le prendre de force ? Et vous vous êtes échappés ? Et vous vous êtes encourus, sur toute cette distance, ... à moi ! Et je vous ai ici, dans des régions désertes : deux semi-hommes, et une armée d'hommes à mon service, et l'Anneau des Anneaux. Beau coup de la fortune ! Une chance pour Faramir, Capitaine de Gondor, de montrer sa qualité ! Ha, ha !" Il se tenait tout droit, très grand et rigide, ses yeux gris étincelant.
Frodon et Sam bondirent de leurs tabourets et se mirent côté à côté le dos au mur, cherchant de la main la garde de leurs épées. Il y eut un silence. Tous les hommes présents dans la caverne cessèrent de parler et regardèrent vers eux avec étonnement. Mais Faramir se rassit et se mit à rire doucement ; puis il reprit soudain sa gravité.
"Hélas pour Boromir ! L'épreuve était trop forte ! dit-il. Combien vous avez accru mon chagrin, vous deux étranges errants d'un lointain pays, porteurs du péril des Hommes ! Mais vous êtes moins bons juges des Hommes que je ne le suis des Semi-Hommes. Nous disons la vérité, nous autres hommes du Gondor. Nous nous vantons rarement, et puis nous agissons ou mourons dans la tentative. Le trouverais-je sur la grand-route, que je ne le prendrais pas, ai-je dit. Quand bien même je serai homme à désirer cet objet et même ne sachant pas clairement ce qu'il était quand je parlais, je considérerais ces mots comme un v½u, et je serais tenu par eux. Mais je ne suis pas un homme de cette sorte, ou je suis assez sage pour savoir qu'il est certains dangers que l'on doit fuir. Restez en paix ! Et soyez rassuré, Samsagace. Si vous paraissez avoir trébuché, dites-vous que c'était écrit qu'il devait en être ainsi. Vous avez le c½ur aussi perspicace que fidèle, et vous avez vu plus clair que vos yeux. Car, si étrange que cela puisse sembler, il n'y avait aucun danger à me l'avouer. Cela peut même aider le maître que vous aimez, et cela tournera à son avantage, s'il est en mon pouvoir. Soyez donc rassuré. Mais ne nommez jamais plus cette chose à voix haute. Une fois suffit."

Les hobbits revinrent à leurs sièges et s'assirent en silence. Les hommes retournèrent à leur boisson et à leur conversation, se rendant compte que leur capitaine avait exercé quelque badinage aux dépens des petits hôtes et que c'était terminé.
"Eh bien, Frodon, nous nous comprenons enfin, dit Faramir. Si vous avez assumé la chose malgré vous, à la prière d'autrui, vous avez ma compassion, et je vous rends honneur. Et je vous admire de la tenir cachée et de ne pas vous en servir. Vous représentez pour moi des gens et un monde nouveaux. Tous ceux de votre race sont-ils ainsi ? Votre pays doit être un royaume de paix et de contentement, et les jardiniers doivent y être tenus en grand honneur."
"Tout n'y est pas parfait, dit Frodon, mais on y honore certainement les jardiniers."


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Et toi, qu'en pense-tu ?

# Posté le samedi 17 janvier 2009 17:32

Modifié le samedi 03 octobre 2009 18:06

Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, de J.R.R Tolkien

Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, de J.R.R Tolkien
Titre : Le Seigneur des Anneaux, Tome 3
Le Retour du Roi
Auteur : J-R-R Tolkien

Résumé : Les armées de Sauron ont attaqué Minas Tirith, la capitale de Gondor. Jamais ce royaume autrefois puissant n'a eu autant besoin de son roi. Mais Aragorn trouvera-t-il en lui la volonté d'accomplir sa destinée ?
Tandis que Gandalf s'efforce de soutenir les forces brisées de Gondor, Théoden exhorte les guerriers de Rohan à se joindre au combat. Mais malgré leur courage et leur loyauté, les forces des Hommes ne sont pas de taille à lutter contre les innombrables légions d'ennemis qui s'abattent sur le royaume...
Chaque victoire se paye d'immenses sacrifices. Malgré ses pertes, la Communauté se jette dans la bataille pour la vie, ses membres faisant tout pour détourner l'attention de Sauron afin de donner à Frodon une chance d'accomplir sa quête.
Voyageant à travers les terres ennemies, ce dernier doit se reposer sur Sam et Gollum, tandis que l'Anneau continue de le tenter...

J'aime : à la folie
Mon avis : Pour moi, les films comptent parmi les meilleurs dans l'histoire du cinéma, mais les trois tomes de cette trilogie les surpasse largement, et comptent parmi les meilleurs dans la littérature.
Le Retour du Roi clôt magnifiquement cette trilogie et nous dévoile enfin la révélation finale. Un livre et une trilogie qui nous entraîne dans un monde merveilleux, emplis de passion, d'aventures, et où le suspense nous entraîne tout du long !
Une trilogie à lire absolument !!

Première phrase : Pippin risqua un coup d'½il hors de l'abri du manteau de Gandalf.
Dernière phrase : « Eh bien, me voici de retour », dit-il.

Mes passages préférés :
Extrait 1 :
Le roi monta sur son cheval, Nivacrin, et Merry se tint à côté de lui sur son poney, qui s'appelait Stybba. Eomer sortit bientôt de la porte, et avec lui venaient Aragorn, Halbarad portant la grande lampe enveloppée de noir, et deux hommes de haute taille, ni jeunes ni vieux. Ils se ressemblaient tant, ces fils d'Elrond, que peu de gens pouvaient les distinguer l'un de l'autre : cheveux foncés, yeux gris et visages d'une beauté elfique ; ils étaient vêtus semblablement de mailles brillantes sous des manteaux gris argent. Derrière eux, marchaient Legolas et Gimli. Mais Merry n'avait d'yeux que pour Aragorn, tant était saisissant le changement qu'il voyait en lui, comme si en une nuit de nombreuses années s'étaient appesanties sur sa tête. Son visage était sombre, terreux et las.
"J'ai l'esprit troublé, seigneur, dit-il, debout près du cheval du roi. J'ai entendu d'étranges paroles, et je vois de nouveaux périls au loin. J'ai longuement médité, et maintenant je crains de devoir changer de dessein. Dites-moi, Théoden : vous vous rendez maintenant à Dunharrow ; dans combien de temps y arriverez-vous ?"
"Il est à présent une bonne heure après midi, dit Eomer. Nous devrions arriver à la place forte dans trois jours au soir? La lune aura alors dépasser d'une nuit son plein, et l'inspection ordonnée par le roi pourra se dérouler le lendemain. On ne peut faire plus vite, s'il faut réunir la force de Rohan."
Aragorn resta un moment silencieux. "Trois jours, murmura-t-il enfin, et le rassemblement de Rohan ne sera que commencé. Mais je vois maintenant qu'il ne saurait être accéléré." Il leva la tête, et il sembla qu'il avait pris une décision ; son visage était moins troublé. "Dans ce cas, avec votre permission, seigneur, il me faut prendre une autre détermination pour moi-même et mes parents. Nous devrons suivre notre chemin propre, et non plus en secret. Pour moi, le temps de la dissimulation est passé. Je vais chevaucher vers l'Est par la voie la plus rapide, et je prendrai les Chemins des Morts."
"Les Chemins des Morts ! s'écria Théoden, tremblant. Pourquoi parlez-vous d'eux ?" Eomer se tourna pour contempler Aragorn, et il parut à Merry que les figures des Cavaliers qui se trouvaient à portée de voix pâlissaient à ces mots. "S'il existe vraiment pareils chemins, reprit Théoden, leur porte est à Dunharrow : mais nul vivant ne peut la franchir."
"Hélas ! Aragorn, mon ami ! dit Eomer. J'avais espéré que nous partirions en guerre ensemble ; mais si vous cherchez les Chemins des Morts, notre séparation est venue, et il est peu probable que nous nous rencontrions de nouveau sous le Soleil."
"Je n'en prendrai pas moins cette route-là, dit Aragorn. Mais je vous le dis, Eomer : il se peut que nous nous retrouvions au combat, même si toutes les armées de Mordor se trouvent entre nous."
"Vous ferez comme vous l'entendrez, seigneur Aragorn, dit Théoden. C'est votre destin, peut-être, de fouler des chemins étranges que les autres n'osent aborder. Cette séparation m'afflige, et ma force en est diminuée ; mais je dois maintenant prendre les routes de la montagnes et ne plus différer. Adieu !"
"Adieu, seigneur ! répondit Aragorn. Courez vers un grand renom ! Adieu, Merry ! Je vous laisse en de bonnes mains, meilleures que nous ne l'espérions quand nous chassions les orques vers Fangorn. Legolas et Gimli continueront de chasser avec moi, j'espère ; mais nous ne vous oublierons pas."
"Au revoir !" dit Merry. Il ne trouva rien de plus à dire. Il se sentait très petit, et toutes les sombres paroles le déconcertaient et l'accablaient. La belle humeur irrépressible de Pippin lui manquait plus que jamais. Les Cavaliers étaient prêts, et leurs chevaux s'agitaient ; il souhait le départ, afin que tout fût fini.
Théoden parla alors à Eomer ; il leva la main et cria d'une voix forte, et là-dessus les Cavaliers se mirent en route. Ils franchirent la Chaussée et descendirent dans la Combe ; puis, tournant vivement vers l'Est, ils prirent un chemin qui longeait le pied des collines sur un mille environ avant de regagner les collines par un tournant au Sud et de disparaître à la vue. Aragorn alla jusqu'à la Chaussée et observa jusqu'à ce que les hommes du roi se fussent éloignés dans la Combe. Puis il se tourna vers Halbarad.
"Voilà partis trois hommes que j'aime, et le jeune non le moins, dit-il. Il ne sait pas vers quelle fin il se dirige ; mais il n'en irait pas moins s'il le savait."
"Ce sont de petites personnes que les gens de la Comté, mais de grande valeur, dit Halbarad. Ils ne connaissent pas grand-chose de notre long labeur pour la préservation de leurs frontières, mais je ne leur en tiens pas rigueur."
"Et maintenant, nos destins sont entrelacés, dit Aragorn. Pourtant, nous devons nous séparer ici, hélas ! Enfin... Il me faut me restaurer un peu, et puis nous aussi nous devrons nous hâter de partir. Venez, Legolas et Gimli ! Je dois vous parler tout en mangeant."
Ils retournèrent ensemble au Fort ; mais, attablés dans la salle, Aragorn resta un moment silencieux, et les autres attendirent qu'il prenne la parole. "Allons ! finit par dire Legolas. Parlez et reprenez courage, écartez la tristesse ! Que s'est-il passé depuis notre retour dans le matin gris à ce sinistre endroit ?"
"Une lutte plutôt plus sinistre en ce qui me concerne que la bataille de Fort le Cor, répondit Aragorn. J'ai regardé dans la Pierre d'Orthanc, mes amis."
"Vous avez regardé dans cette maudite pierre ensorcelée ! s'écria Gimli, dont le visage révélait la peur et l'étonnement. Avez-vous rien dit à... à lui ? Même Gandalf redoutait cette rencontre."
"Vous oubliez à qui vous parlez, dit Aragorn d'un ton sévère, et ses yeux étincelèrent. N'ai-je pas ouvertement proclamé mon titre devant les portes d'Edoras ? Que craignez-vous que je lui dise ? Non, Gimli, dit-il d'une voix radoucie ; la sévérité quitte son visage, et il n'eut plus l'air que d'un homme qui a peiné dans l'insomnie pendant bien des nuits. Non, mes amis, je suis le maître légitime de la Pierre, et j'avais tant le droit que la force de l'employer, du moins en jugeai-je ainsi. Le droit est indubitable. La force était suffisante – tout juste."
Il respira profondément. "Ce fut une lutte âpre, et la fatigue est lente à passer. Je ne lui dis pas un mot, et à la fin, je forçai la Pierre à n'obéir plus qu'à ma seule volonté. Cela seul, il le trouvera dur à supporter. Et il m'a vu. Oui, Maître Gimli, il m'a vu, mais sous une autre apparence que celle que vous me voyez actuellement. Si cela l'aide, j'ai mal fait. Mais je ne le pense pas. Savoir que je vis et que je cours la terre lui a porté un coup au c½ur, je suppose ; car il l'ignorait jusqu'à présent. Les yeux à Orthanc n'avaient pas vu à travers de Théoden ; mais Sauron n'a pas oublié Isildur et l'épée d'Elendal. Aujourd'hui, à l'heure même de ses grands dessins, l'héritier d'Isildur et l'Epée sont révélés ; car je lui ai montré la lame reforgée. Il n'est pas puissant au point d'être insensible à la peur : non, le doute le ronge toujours."
"Mais il n'en exerce pas moins une grande autorité, dit Gimli ; et il frappera maintenant d'autant plus rapidement."
"Un coup hâtif s'égare souvent, dit Aragorn. Nous devons serrer notre Ennemi et ne plus attendre ses mouvements. Voyez-vous, mes amis, en maîtrisant la Pierre, j'ai appris bien des choses. J'ai vu venir du Sud sur Gondor un grave péril qui retirera une grande force de la défense de Minas Tirith. Si on ne le contre pas rapidement, j'estime que la Cité sera perdue avant dix jours."
"Dans ce cas, elle sera perdue, dit Gimli. Car quel secours pourrait-il être envoyé, et comment y arriveraient-ils à temps ?"
"Je n'ai aucun secours à envoyer, il faut donc que j'y aille en personne, dit Aragorn. Mais il n'est qu'un chemin par les montagnes qui m'amènera aux régions côtières avant que tout ne soit perdu. Ce sont les Chemins des Morts."
"Les Chemins des Morts ! dit Gimli. C'est un nom funeste ; et qui plaît peu aux Cavaliers de Rohan, à ce que j'ai vu. Les vivants peuvent-ils suivre pareille route sans périr ? Et même si vous passez par là, que pourrait un si petit nombre pour parer les coups du Mordor ?"
"Les vivants n'ont jamais emprunté cette route depuis la venue des Rohirrims, répondit Aragorn, car elle leur est fermée. Mais en cette heure sombre l'héritier d'Isildur peut l'utiliser, s'il l'ose. Ecoutez ! Voici ce que me font savoir les fils d'Elrond de la part de leur père de Fondcombe, le plus versé dans la tradition : Invitez Aragorn à se rappeler les paroles du voyant et les Chemins des Morts."
"Et quelles sont donc les paroles du voyant ?" demanda Legolas.
"Ainsi parla Malbeth le voyant, du temps d'Arvedin, dernier roi de Fornost", dit Aragorn :

Sur la terre s'étend une longue ombre,
Des ailes de ténèbres atteignant l'ouest.
La Tour tremble ; le destin approche
Des tombeaux des rois. Les morts s'éveillent ;
Car l'heure est venue pour les parjures ;
à la pierre d'Erech ils se tiendront de nouveau
et ils entendront un cor retentir dans les montagnes.
De qui sera-ce le cor ? Qui les appellera
du gris crépuscule, les gens oubliés ?
L'héritier de celui à qui ils prêtèrent le serment.
Du Nord, il viendra, la nécessité l'amènera :
Il franchira la Porte des Chemin des Morts.


"De sombres voies, sans nul doute, dit Gimli, mais pas plus sombres que ne sont pour moi ces hampes."
"Si vous voulez les mieux comprendre, je vous invite à m'accompagner, dit Aragorn ; car cette voie, je vais maintenant l'emprunter. Mais je n'y vais pas de gaieté de c½ur ; seule la nécessité m'y oblige. Je veux donc que vous ne veniez que de votre plein gré, car vous y trouverez en même temps un dur labeur et une grande peur, sinon pis."
"Je vous accompagnerai même jusque dans les Chemins des Morts et à quelque fin où vous puissiez me mener", dit Gimli.
"Moi aussi, je viendrai, dit Legolas, car je ne crains pas les Morts."
"J'espère que les gens oubliés n'auront pas oublié la façon de se battre, dit Gimli, car, autrement, je ne vois pas pourquoi se soucier d'eux."

Extrait 2 :
"Faramir ! cria-t-il d'une voix forte avec les autres. Faramir !" Et Faramir, percevant sa voix étrangère parmi la clameur des hommes de la Cité, se retourna pour abaisser son regard sur lui, et il fut stupéfait.
"D'où venez-vous ? demanda-t-il. Un semi-homme, et en livrée de la Tour ! D'où..."
Mais, sur ces entrefaites, Gandalf s'avança à son côté et parla : "Il est venu avec moi du pays des Semi-hommes, dit-il. Il est venu avec moi. Mais ne nous attardons pas ici. Il y a beaucoup à dire et à faire, et vous êtes las. Il nous accompagnera. Il le faut, en fait, car, s'il n'oublie pas plus que moi ses nouveaux devoirs, il doit être de nouveau de service auprès de son seigneur dans moins d'une heure. Venez, Pippin, suivez-nous !"

Ainsi arrivèrent-ils enfin à la chambre privée du Seigneur de la Cité. Là, des sièges profonds furent disposés autour d'un brasero à charbon de bois, et l'on apporta du vin ; et là, Pippin, à peine remarqué, se tint derrière le fauteuil de Denethor, sentant peu sa fatigue tant il écoutait avidement tout ce qui se disait.
Quand Faramir eut pris du pain blanc et bu une gorgée de vin, il se tint sur un siège bas à la gauche de son père. Gandalf était assis de l'autre côté dans un fauteuil de bois sculpté, légèrement en retrait ; et il sembla tout d'abord assoupi. Car Faramir ne parla au début que de la mission dont il avait été chargé dix jours auparavant ; il apportait des nouvelles d'Ithilien et des mouvements de l'Ennemi et de ses alliés, et il raconta le combat sur la route, au cours duquel les hommes de Harad et leur grande bête avaient été défaits : un capitaine rapportant à son maître des événements d'un ordre assez habituel, petites escarmouches de guerre de frontière qui paraissaient à présent vaines et insignifiantes, dépouillées de leur renom.
Puis Faramir regarda soudain Pippin. "Mais nous en venons maintenant à d'étranges affaires, dit-il. Car ce n'est pas le premier semi-homme que j'ai vu sortir des légendes du nord pour paraître dans les Terres du Sud."
A cette réflexion, Gandalf se redressa et serra les bras de son fauteuil ; mais il ne dit rien et arrêta d'un regard l'exclamation prête à sortir des lèvres de Pippin. Denethor regarda leurs visages et hocha la tête, comme pour signifier qu'il y avait déjà beaucoup lu avant que ce ne fît dit. Lentement, tandis que les autres restaient silencieux et immobiles, Faramir fit son récit, les yeux toujours posés sur Gandalf, encore que de temps à autre son regard s'égarât sur Pippin, comme pour rafraîchir le souvenir d'autres qu'il avait déjà vus.
Tandis que se déroulait l'histoire de la rencontre avec Frodon et son serviteur et des événements d'Henneth Annûn, Pippin se rendit compte que les mains de Gandalf tremblaient, serrés sur le bois sculpté. Elles paraissaient blanches à présent et très vieilles, et, en les regardant, Pippin vit que Gandalf, Gandalf lui-même, était inquiet, qu'il avait même peur. L'air de la pièce était renfermé et immobile. Enfin, quand Faramir parla de sa séparation d'avec les voyageurs et de leur résolutions d'aller à Cirith Ungol, sa voix baissa, il hocha la tête et soupira. Gandalf se leva alors d'un bond.
"Cirith Ungol ? La Vallée de Morgul ? dit-il. A quel moment, Faramir, à quel moment ? Quand les avez-vous quittés ? Quand atteindraient-ils cette Vallée maudite ?"
"Je les ai quittés il y a deux jours au matin, répondit Faramir. Il y a quinze lieues de là à la vallée du Morgulduin, en allant droit au sud ; et alors ils seraient encore à cinq lieues de la Tour maudite. Au plus tôt, ils ne pourraient y être avant aujourd'hui, et peut-être n'y sont-ils pas encore arrivés. Je vois en fait ce que vous craignez. Mais l'obscurité n'est pas due à leur entreprise. Elle a commencé hier soir, et tout l'Ithilien était dans l'ombre la nuit dernière. Il est clair pour moi que l'Ennemi avait longuement combiné une attaque contre nous, et l'heure en était déjà arrêtée avant que les voyageurs ne quittassent ma garde."
Gandalf arpenta la salle. "Avant-hier matin, près de trois jours de voyage ! A quelle distance se trouve le lieu de votre séparation ?"
"A quelques vingt-cinq lieues à vol d'oiseau, répondit Faramir. Mais je ne pouvais venir plus tôt. J'ai couché hier soir dans Cair Andros, la longue île dans le Fleuve au nord, que nous tenons en défense ; et des chevaux y sont entretenus sur notre rive. Quand les ténèbres grandirent, j'ai su que la hâte était nécessaire, et je suis parti de là avec trois autres qui pouvaient aussi avoir une monture. J'envoyai le reste de ma compagnie renforcer la garnison aux Gués d'Osgiliath. J'espère n'avoir pas mal fait ?" Il regarda son père.
"Mal fait ? s'écria Denethor, dont les yeux flamboyèrent soudain. Pourquoi le demander ? Les hommes étaient sous ton commandement. Ou me demandes-tu de juger tous tes actes ? Ton comportement est humble en ma présence ; il y a pourtant longtemps maintenant que tu ne t'es détourné de ton propre chemin sur mon conseil. Vois donc : tu as parlé avec adresse, comme toujours ; mais moi, n'ai-je pas vu ton regard fixé sur Mithrandir, cherchant si tu avait dit ce qu'il fallait ou trop ? Il y a longtemps qu'il a ton c½ur sous sa garde.
"Ton père est vieux, mais pas encore gâteux, mon fils. Je vois et j'entends comme j'ai toujours accoutumé ; et rien ne m'a échappé de ce que tu as à moitié dit ou passé sous silence. Je connais la réponse à bien des énigmes. Hélas, hélas pour Boromir !"
"Si ce que j'ai fait vous déplaît, mon père, dit posément Faramir, j'aurais bien voulu connaître votre pensée avant que le fardeau d'un jugement d'un tel poids me fût imposé."
"Cela aurait-il servi à modifier ton jugement ? dit Denethor. Je gage que tu aurais encore fait exactement la même chose. Je te connais bien. Tu veux toujours paraître noble et généreux comme un roi de l'ancien temps, bienveillant, et doux. Cela peut convenir à quelqu'un de haute lignée, s'il jouit de la puissance et de la paix. Mais dans les heures désespérées, la douceur peut n'avoir pour récompense que la mort."
"Soit !" dit Faramir.
"Soit ! s'écria Denethor. Mais pas seulement la tienne, Seigneur Faramir : celle aussi de ton père et de tout ton peuple, qu'il t'appartient de protéger, maintenant que Boromir est parti."
"Souhaiteriez-vous donc, dit Faramir, que nos rôles eussent été échangés ?"
"Oui, je le souhaiterais, certes, dit Denethor. Car Boromir était loyal envers moi ; il n'était l'élève d'aucun magicien. Il se serait souvenu des besoins de son père, et il n'aurait pas gaspillé ce que la fortune lui offrait. Il m'aurait apporté un beau cadeau."
Pendant un instant, la réserve de Faramir céda. "Je vous prierai de vous rappeler, mon père, pourquoi ce fut moi qui allai en Ithilien, et non lui. En une occasion, au moins, votre décision a prévalu, il n'y a pas longtemps. Ce fut le Seigneur de la Cité qui lui donna cette mission."
"Ne ranime pas l'amertume de la coupe que je me suis préparée moi-même, dit Denethor. Ne l'ai-je pas sentie maintes nuits à présent sur ma langue, prévoyant qu'il reste encore pis dans la lie ? Comme je le vois maintenant, en vérité. Ah, qu'il pût n'en pas être ainsi ! Que cette chose me fût parvenue !"
"Reprenez courage ! dit Gandalf. Boromir ne vous l'aurait apporté en aucun cas. Il est mort, et d'une belle mort ; qu'il repose en paix ! Mais vous vous abusez. Il aurait tendu la main cers cette chose, et, en la prenant, il serait tombé. Il l'aurait gardée pour son propre compte, et, à son retour, vous n'auriez pas reconnu votre fils."
Le visage de Denethor se durcit et se fit froid. "Vous avez trouvé Boromir moins facile à soumettre à votre direction, n'est-ce pas ? dit-il doucement. Mais moi qui étais son père, je dis qu'il me l'aurait apportée. Vous êtes peut-être un sage, Mithrandir, mais avec toutes vos subtilités, vous ne possédez pas toute la sagesse. On peut trouver des conseils qui ne relèvent ni des toiles des magiciens ni de la hâte des sots. Je possède en la matière davantage de savoir et de sagesse que vous ne l'imaginez."
"Quelle est donc cette sagesse ?" demanda Gandalf.
"Elle est suffisante pour percevoir qu'il est deux folies à éviter. L'usage de cet objet est dangereux. A l'heure présente, l'envoyer aux mains d'un semi-homme sans intelligence dans le pays de l'Ennemi lui-même, comme vous l'avez fait, vous et ce fils à moi, est pure folie."
"Et le Seigneur Denethor, qu'aurait-il fait ?"
"Ni l'une ni l'autre de ces deux choses. Mais assurément aucun argument ne lui aurait fait soumettre cet objet à un hasard que seul l'espoir d'un fou pouvait envisager, risquant notre ruine finale si l'Ennemi recouvrait ce qu'il avait perdu. Non, il aurait fallu le garder, le cacher, le cacher au plus profond des ténèbres. Ne pas s'en servir, dis-je, sinon dans la nécessité la plus extrême, mais le placer hors de son atteinte, sinon à la suite d'une victoire si finale que ce qui nous arriverait alors nous serait complètement égal, puisque nous serions morts."
"Comme à votre accoutumée, mon seigneur, vous ne pensez qu'au seul Gondor, dit Gandalf. Mais il est d'autres hommes et d'autres vies, et des temps encore à venir. Et, quant à moi, j'ai pitié même de ses esclaves."
"Et où les autres hommes chercheront-ils du secours, si le Gondor tombe ? répliqua Denethor. Si j'avais maintenant cet objet dans les profonds souterrains ce cette citadelle, nous ne tremblerions plus de peur sous cette obscurité, et nos conseils ne seraient pas troublés. Si vous ne croyez pas que je pourrais supporter l'épreuve, c'est que vous ne me connaissez pas encore."

Extrait 3 :
Dans toutes les collines, les armées du Mordor faisaient rage. Les Capitaines de l'Ouest s'enfonçaient dans une mer grossissantes. Le soleil brillait d'une lumière rouge, et sous les ailes des Nazgûl les ombres mortelles tombaient, noires, sur la terre. Aragorn se tenait, sous sa bannière, silencieux et rigide, comme perdu dans des pensées sur les choses très lointaines ou d'un temps depuis longtemps passé ; mais ses yeux luisaient comme des étoiles d'autant plus brillantes que la nuit s'approfondit. Debout sur le sommet de la colline, Gandalf était blanc et froid, et nulle ombre ne tombait sur lui. L'attaque du Mordor déferlait telle une vague sur les collines assiégées, tandis que les voix s'élevaient comme le rugissement des flots dans un naufrage et le fracas des armes.
Comme si une soudaine vision s'était présentée à ses yeux, Gandalf fit un mouvement ; il se retourna vers le nord, où les cieux étaient pâles et clairs. Puis il leva les mains et cria d'une voix forte qui domina le fracas : Les Aigles viennent ! Et de nombreuses voix reprirent le cri : Les Aigles viennent ! Les Aigles viennent ! Les armées de Mordor regardèrent en l'air, se demandant ce que signe pouvait indiquer.
Vinrent Gwaihir le Seigneur des vents et son frère Landroval, le plus grand des Aigles du Nord, le plus puissant des descendants du vieux Thorondor, qui construisait ses aires sur les pics inaccessibles des Montagnes Encerclantes quand la Terre du Milieu était jeune. Derrière eux, en longues files rapides, s'avançaient tous leurs vassaux des montagnes du nord, portés à toute vitesse par un vent grandissant. Ils piquèrent droit sur les Nazgûl, plongeant soudain du haut des airs, et le mouvement rapide de leurs ailes était comme une rafale au passage.
Mais les Nazgûl, faisant volte-face, s'enfuirent et s'évanouirent dans les ombres de Mordor à un soudain et terrible appel de la Tour Sombre ; et, à ce moment même, toutes les armées de Mordor tremblèrent, le doute saisit les c½urs, les rires s'éteignirent, les mains tremblèrent et les membres faiblirent. La Puissance qui les menait et les emplissait de haine et de furie vacillait, sa volonté s'agissait plus sur elles, et, regardant dans les yeux de leurs ennemis, elles virent une lueur mortelle, et elles eurent peur.
Alors, tous les Capitaines de l'Ouest crièrent d'une voix forte, car leurs c½urs étaient emplis d'un nouvel espoir au sein de l'obscurité. Des collines assiégées de Gondor, les Cavaliers de Rohan, les Dunedain du Nord, se lancèrent en rangs serrés contre leurs ennemis fléchissants et percèrent de leurs lances implacables l'armée qui les serrait. Mais Gandalf leva les bras et cria de nouveau d'une voix claire :
"Arrêtez, Hommes de l'Ouest ! Arrêtez et attendez ! Nous sommes à l'heure du destin."
Et, tandis qu'il parlait, la terre se balança sous leurs pieds. Puis, s'élevant rapidement, loin au-dessus des Tours de la Porte Noire, loin au-dessus des montagnes, une vaste et croissante obscurité jaillit dans le ciel, avec des reflets intermittents de feu. La terre gémit et trembla. Les Tours des Dents oscillèrent, vacillèrent et tombèrent ; le puissant rempart s'écroula ; la Porte Noire fut projetée en ruine ; et de très loin, d'abord sourd, croissant, puis montant jusqu'aux nuages, vint un grondement, un mugissement, un roulement de bruit fracassant aux échos prolongés.

"Le royaume de Sauron est fini ! dit Gandalf. Le Porteur de l'Anneau a accompli sa Quête." Et comme les Capitaines contemplaient au sud le Pays de Mordor, il leur sembla que, noire sur le voile de nuages, s'élevait une ombre, impénétrable, couronnée d'éclairs, qui remplit tout le ciel. Elle se dressa, énorme, sur le monde et étendit vers eux une vaste et menaçante main, terrible mais impuissante : car, au moment où elle se penchait sur eux, un grand vent la saisit, tout fut emporté et disparut ; et un silence tomba.

Les Capitaines courbèrent la tête ; et quand ils regardèrent de nouveau, voilà que leurs ennemis s'enfuyaient et que la puissance du Mordor se dispersait comme poussière au vent. De même que lorsque la mort frappe l'animal qui occupe leur fourmilière et les tient toutes sous son empire, les fourmis errent stupidement sans but, puis meurent dans leur faiblesse, les créatures de Sauron, orques, trolls ou bêtes asservies par un charme, couraient stupidement de-ci de-là ; certaines se tuaient, se jetaient dans les puits ou s'enfuyaient en gémissant pour se cacher dans des trous et de sombres endroits sans lumière, loin de toute espérance. Mais les Hommes de Rhûn et de Harad, Orientaux et Suderons, voyaient la ruine de leur guerre, ainsi que la grande majesté et la gloire des Capitaines de l'Ouest. Et ceux qui étaient le plus profondément et depuis le plus longtemps en mauvaise servitude, haïssant l'Ouest, mais qui étaient des hommes fiers et hardis, se rassemblèrent à leur tour pour une ultime résistance et une bataille désespérée. Mais la plupart s'enfuirent, comme ils pouvaient, en direction de l'est ; et certains jetaient leurs armes et imploraient merci.

Extrait 4 :
Le nettoyage nécessita assurément beaucoup de peine, mais il prit moins de temps que Sam ne l'avait craint. Le lendemain de la bataille, Frodon se rendit à Grand'Cave et libéra les détenus des Trous-prisons. L'un des premiers qu'ils trouvèrent fut le pauvre Fredegar Bolger, qui n'était plus du tout Gros Bolger. Il avait été pris quand les bandits avaient fait sortir de leurs cachettes dans les Trous des Grisards près des collines de Scary, en les enfumant, une bande de rebelles qu'il menait.
"Tu aurais mieux fait de venir avec nous, après tout, pauvre vieux Fredegar !" dit Pippin, tandis qu'on portait le malheureux, trop faible pour marcher.
Il ouvrit un ½il et essaya vaillamment de sourire. "Quel est ce jeune géant à la voix forte ? murmura-t-il. Pas le petit Pippin ! Quel est ton tour de tête, maintenant ?"
Et puis, il y avait Lobelia. La pauvre créature avait un aspect très âgé et très maigre quand on la tira d'une étroite et sombre cellule. Elle tint à sortir en clopinant sur ses propres pieds ; et quand elle apparut, appuyée sur le bras de Frodon, mais étreignant toujours son parapluie, il y eut tant d'applaudissements et d'acclamations qu'elle en fut tout émue et s'en alla en larmes. De toute sa vie, elle n'avait jamais été bien vue. Mais, accablée par la nouvelle du meurtre de Lothon, elle ne voulut pas retourner à Cul de Sac. Elle le rendit à Frodon et alla rejoindre sa propre famille, les Sanglebuc de Roccreux.
A sa mort au printemps suivant – elle avait après tout plus de cent ans – Frodon fut en même temps surpris et très ému : elle lui avait légué tout ce qui restait de sa fortune et de celle de Lothon pour venir en aide aux hobbits privés de foyer par les troubles. Ainsi se termina cette inimitié.
Le vieux Will Piedblanc était resté dans les Trous-prisons plus longtemps que quiconque, et, bien qu'il eût peut-être été moins maltraité que certains, il fallait beaucoup de suralimentation avant qu'il ne pût reprendre son rôle de Maire ; aussi Frodon accepta-t-il d'agir comme son Délégué jusqu'à ce que M. Piedblanc retrouvât sa forme. Son seul acte ès qualité fut de ramener les Shiriffes à leurs fonctions propres et à leur nombre normal. La tâche de débusquer les derniers bandits fut laissée à Merry et Pippin, et ce fut bientôt fait. Les bandes du Sud, à la nouvelle de la Bataille de Lézeau, s'enfuirent du pays et offrirent peu de résistance au Thain. Avant la Fin de l'Année, les quelques survivants furent encerclés dans les bois, et ceux qui se rendirent furent reconduits aux frontières.
Cependant, les travaux de restauration allèrent bon train, et Sam fut très occupé. Les hobbits peuvent travailler comme des abeilles quand l'humeur et la nécessité les prennent. Il y eut alors des milliers de mains volontaires de tous âges, de petites mains agiles des garçons et filles hobbits à celle usées et calleuses des anciens et des vieilles. Avant la fin de Décembre, il ne restait plus brique sur brique des nouvelles Maisons des Shiriffes ou de quoi que ce fût de ce qu'avaient édifié les "Hommes de Sharcoux" ; mais les matériaux servirent à réparer maints vieux trous et à les rendre plus confortables et plus secs. On découvrit de grandes réserves de marchandises, de nourriture et de bière que les bandits avaient cachées dans des baraquements, des granges et des trous abandonnés, et surtout dans les tunnels de Grand'Cave et dans les anciennes carrières de Scary ; de sorte que l'on fit bien meilleure chère en cette fin d'année que personne ne l'avait espéré.
Une des premières choses accomplies à Hobbitebourg, avant même la destruction du nouveau moulin, fut le déblaiement de la Colline et de Cul de Sac et la restauration du Chemin des Trous du Talus. Le devant de la nouvelle sablière fut entièrement aplani et transformé en un grand jardin abrité, tandis que de nouveaux trous étaient creusés, sur la face sud, dans la Colline, et revêtus de brique. Le Numéro Trois fut rendu à l'Ancien, qui dit souvent, sans se soucier de qui pouvait l'entendre : "A quelque chose malheur est bon, comme je l'ai toujours dit. Et tout est bien qui finit mieux !"
Il y eut quelque discussion sur le nom à donner au nouveau chemin. On pensa à Jardins de la Bataille ou à Meilleurs Smials. Mais au bout d'un moment, on l'appela tout simplement, à la manière raisonnable des hobbits, le Chemin Neuf. Cela resta une plaisanterie tout à fait dans le goût de Lézeau de le désigner sous le nom de Cul de Sharcoux.

La perte et le dommage principaux étaient les arbres, car, sur l'ordre de Sharcoux, ils avaient été férocement coupés dans toute la Comté ; et Sam en fut plus affligé que de tout le reste. En premier lieu, il faudrait longtemps pour remédier à ce dommage, et seuls ses arrière-petits-enfants, pensait-il, verraient la Comté comme elle devait être.
Puis, soudain, un jour – car il avait trop occupé durant des semaines pour accorder une pensée à ses aventures – il se rappela le don de Galadriel. Il sortit la boîte et la montra aux autres Voyageurs (car c'est ainsi que tout le monde les appelait à présent), pour avoir leur avis.
"Je me demandais quand tu y penserais, dit Frodon. Ouvre-la !"
Elle était remplie d'une poussière grise, douce et fine, au milieu de laquelle se trouvait une graine semblable à une petite noix à la coquille argentée. "Que puis-je faire de ça ?" dit Sam.
"Jette-le en l'air par un jour de vent et laisse-le faire son ½uvre !" dit Pippin.
"Sur quoi ?" demanda Sam.
"Choisis un endroit comme pépinière, et vois ce qui arrivera là aux plantes", dit Merry.
"Mais je suis bien sûr que la Dame n'aimerait pas que garde tout pour mon propre jardin, maintenant que tant de gens ont souffert", dit Sam.
"Fais appel à toute ta tête et à toute tes connaissances personnelles, Sam, dit Frodon ; puis utilise le don pour aider à ton travail et l'améliorer. Et emploie-le avec parcimonie. Il n'y en a pas beaucoup, et j'imagine que chaque grain est précieux."
Sam fit donc des plantations à tous les endroits où des arbres particulièrement beaux ou aimés avaient été détruits, et il plaça un grain de la précieuse poussière dans la terre à la racine de chacune. Il parcourut toute la Comté pour ce travail ; mais personne ne le blâma de consacrer une attention spéciale à Hobbitebourg et à Lézeau. Et, à la fin, il vit qu'il lui restait une petite quantité de la poussière ; il alla donc à la Pierre des Trois Quartiers, qui est à peu près au point central de la Comté, et la jeta en l'air avec sa bénédiction. La petite noix d'argent, il la planta dans le Champ de la Fête, où l'arbre se trouvait autrefois ; et il se demanda ce qu'il en adviendrait. Durant tout l'hiver, il conserva toute la patience qu'il pouvait rassembler, faisant tous ses efforts pour se retenir d'aller constamment voir s'il se passait quelque chose.

Le Printemps surpassa ses espoirs les plus fous. Ses arbres pointèrent et se mirent à pousser comme si le temps, pressé, voulait faire en un an l'½uvre de vingt. Dans le Champ de la Fête, jaillit un jeune arbre magnifique : il avait l'écorce argentée et de longues feuilles, et, en Avril, il se couvrit d'une floraison dorée. C'était, en fait, un mallorne, et il fit l'émerveillement de tout le voisinage. Dans les années suivantes, comme il croissait en grâce et en beauté, il fut connu partout, et les gens venaient le voir de loin : c'était le seul mallorne à l'ouest des Montagnes et à l'est de la Mer, et l'un des plus beaux du monde.
De tout point de vue, 1420 fut dans la Comté une année merveilleuse. Il n'y eut pas seulement un soleil magnifique et une pluie délicieuse aux moments opportuns et en proportion parfaite, mais quelque chose de plus, sembla-t-il : un air de richesse et de croissance, et un rayonnement de beauté surpassant celui des étés mortels qui vacillent et passent sur cette Terre du Milieu. Tous les enfants nés ou conçus en cette année, et il y en eut beaucoup, étaient robustes et beaux, la plupart avaient une riche chevelure dorée, rare auparavant parmi les hobbits. Il y eut une telle abondance de fruits que les jeunes hobbits baignaient presque dans les fraises à la crème ; et après, ils s'installaient sur les pelouses sous les pruniers et mangeaient jusqu'à élever des monceaux de noyaux semblables à de petites pyramides ou aux crânes entassés par un conquérant ; après quoi, ils allaient plus loin. Et personne n'était malade, et tout le monde était heureux, sauf ceux à qui il revenait de tondre l'herbre.

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Et toi, qu'en pense-tu ?

# Posté le samedi 17 janvier 2009 17:33

Modifié le mardi 17 février 2009 03:20

J.R.R Tolkien

J.R.R Tolkien

Il vivait dans un petit cottage, à l'ombre des collèges de la très gothique université d'Oxford. Conservateur convaicu, il accordait une attention distraite aux événements de son temps et négligeait soigneusement la lecture des journaux. Hormis un dur séjour dans les tranchées françaises pendant la Première Guerre mondiale, son existence entière fut d'une simplicité et d'une régularité désarmante. C'est que le monde contemporain avait pour lui infiniment moins d'intérêt que celui des anciennes littératures saxonnes, germaniques et celtiques qu'il enseignait à Oxford, et qui devait lui inspirer une oeuvre sans précédent.

Tous les jeudis soirs, dans le courant des années trente, John Ronald Reuel Tolkien retrouvait, en effet, ses amis, jeunes érudits et vieux lettrés d'Oxford, pour fumer paisiblement la pipe, évoquer les fabuleuses péripéties des Niebelungen ou de la geste immémoriale de Cù Chulainn, le héros mythique de l'Irlande, et lire à haute voix les premiers chapitres de Bilbo le Hobbit ou du Seigneur des Anneaux, ces contes qui feraient bientôt de lui l'un des écrivains les plus fameux de la seconde moitié du XXè siècle.

Né en 1892 à Bloemfontein (Afrique du Sud), John Ronald Reuel Tolkien passe son enfance, après la mort de son père en 1896, au village de Sarehole près de Birmingham (Angleterre), ville dont sa famille est originaire. Diplômé d'Oxford en 1919, il travaille au célèbre "Dictionnaire d'Oxford", obtient ensuite un poste de maître assistant à Leeds, puis une chaire de langue ancienne (anglo-saxon) de 1925 à 1945 et de langue et littérature anglaises de 1945 à sa retraite en 1959.

Spécialiste de philologie qui fait autorité dans le monde entier, J.R.R. Tolkien a écrit en 1936 Le Hobbit, considéré comme un classique de la littérature enfantine et a travaillé quatorze ans au cycle intitulé Le Seigneur des Anneaux composé de La Fraternité de l'Anneau (1954), Les Deux Tours (1954) et Le Retour du Roi (1955). Une oeuvre magistrale qui s'est imposée dans tous les pays.

Traduite partout dans le monde, portée à l'écran par le dessinateur américain Ralph Bakshi, l'oeuvre de Tolkien ressuscite tout un univers enfoui dans le patrimoine légendaire des peuples européens: des magiciens, des elfes, des nains, des chevaliers aux armes étincelantes, des fées, des trolls, des orques et toutes sortes de créatures folkloriques, dont les plus célèbres demeurent ces délicieux petits "hobbits" auxquels leur créateur s'identifiait volontiers, et qui incarnaient à ses yeux une vieille Angleterre à jamais disparue. C'est que dans ces récits, qui empruntent à la fois aux sagas scandinaves, aux romans de la Table ronde et aux sombres crépuscules de la mythologie germanique, perce la nostalgie de ces campagnes verdoyantes où il faisait si bon raconter des histoires au coin du feu. Et, comme il l'écrivait un jour dans un très remarquable essai sur le conte de fées: "La marmite de soupe, le chaudron du conte, a toujours bouilli et on y a constamment ajouté de nouveaux éléments friands ou non".

Les "éléments" que Tolkien a jetés personnellement dans le chaudron du conte sont en l'occurence tout particulièrement "friands", et la lecture de Bilbo le Hobbit, du Seigneur des Anneaux ou du Silmarillion, ses trois principaux ouvrages, est assurément des plus délectables, car elle nous entraîne à la découverte de royaumes dont la géographie chimérique semble obéir à la seule fantaisie du conteur.

Mais la prouesse de Tolkien, ce n'est pas seulement d'avoir tapé ses oeuvres dans son garage. C'est lui qui fit de la fantaisie un genre littéraire muni de son propre marché. Il pensait seulement fabriquer un monde, le peupler de personnages, faire la chronique de ses lignages et de ses lois. Tolkien a toujours soutenu que la Terre du Milieu n'était pas une allégorie. De fait, il détestait l'allégorie. Il s'attachait fermement et dénifitivement à l'art pur de conter. Ce qu'il oubliait, c'est que tel un dieu, il pouvait créer un univers, mais que celui-ci, mécaniquement, allait fonctionner sans lui.

# Posté le samedi 10 juin 2006 05:05

Modifié le lundi 19 janvier 2009 16:31

Votre article

Votre article
Alors, que pensez-vous de ce début de skyblog ?
Est ce que ca vaut la peine que je continue ou pas ?

Et lâcher vos coms !!!

# Posté le samedi 10 juin 2006 13:00

Modifié le mercredi 30 avril 2008 12:57