Titre : Le Seigneur des Anneaux, Tome 3Le Retour du RoiAuteur : J-R-R TolkienRésumé : Les armées de Sauron ont attaqué Minas Tirith, la capitale de Gondor. Jamais ce royaume autrefois puissant n'a eu autant besoin de son roi. Mais Aragorn trouvera-t-il en lui la volonté d'accomplir sa destinée ?
Tandis que Gandalf s'efforce de soutenir les forces brisées de Gondor, Théoden exhorte les guerriers de Rohan à se joindre au combat. Mais malgré leur courage et leur loyauté, les forces des Hommes ne sont pas de taille à lutter contre les innombrables légions d'ennemis qui s'abattent sur le royaume...
Chaque victoire se paye d'immenses sacrifices. Malgré ses pertes, la Communauté se jette dans la bataille pour la vie, ses membres faisant tout pour détourner l'attention de Sauron afin de donner à Frodon une chance d'accomplir sa quête.
Voyageant à travers les terres ennemies, ce dernier doit se reposer sur Sam et Gollum, tandis que l'Anneau continue de le tenter...
J'aime : à la folie
Mon avis : Pour moi, les films comptent parmi les meilleurs dans l'histoire du cinéma, mais les trois tomes de cette trilogie les surpasse largement, et comptent parmi les meilleurs dans la littérature.
Le Retour du Roi clôt magnifiquement cette trilogie et nous dévoile enfin la révélation finale. Un livre et une trilogie qui nous entraîne dans un monde merveilleux, emplis de passion, d'aventures, et où le suspense nous entraîne tout du long !
Une trilogie à lire absolument !!
Première phrase : Pippin risqua un coup d'½il hors de l'abri du manteau de Gandalf.
Dernière phrase : « Eh bien, me voici de retour », dit-il.
Mes passages préférés :Extrait 1 :Le roi monta sur son cheval, Nivacrin, et Merry se tint à côté de lui sur son poney, qui s'appelait Stybba. Eomer sortit bientôt de la porte, et avec lui venaient Aragorn, Halbarad portant la grande lampe enveloppée de noir, et deux hommes de haute taille, ni jeunes ni vieux. Ils se ressemblaient tant, ces fils d'Elrond, que peu de gens pouvaient les distinguer l'un de l'autre : cheveux foncés, yeux gris et visages d'une beauté elfique ; ils étaient vêtus semblablement de mailles brillantes sous des manteaux gris argent. Derrière eux, marchaient Legolas et Gimli. Mais Merry n'avait d'yeux que pour Aragorn, tant était saisissant le changement qu'il voyait en lui, comme si en une nuit de nombreuses années s'étaient appesanties sur sa tête. Son visage était sombre, terreux et las.
"J'ai l'esprit troublé, seigneur, dit-il, debout près du cheval du roi. J'ai entendu d'étranges paroles, et je vois de nouveaux périls au loin. J'ai longuement médité, et maintenant je crains de devoir changer de dessein. Dites-moi, Théoden : vous vous rendez maintenant à Dunharrow ; dans combien de temps y arriverez-vous ?"
"Il est à présent une bonne heure après midi, dit Eomer. Nous devrions arriver à la place forte dans trois jours au soir? La lune aura alors dépasser d'une nuit son plein, et l'inspection ordonnée par le roi pourra se dérouler le lendemain. On ne peut faire plus vite, s'il faut réunir la force de Rohan."
Aragorn resta un moment silencieux. "Trois jours, murmura-t-il enfin, et le rassemblement de Rohan ne sera que commencé. Mais je vois maintenant qu'il ne saurait être accéléré." Il leva la tête, et il sembla qu'il avait pris une décision ; son visage était moins troublé. "Dans ce cas, avec votre permission, seigneur, il me faut prendre une autre détermination pour moi-même et mes parents. Nous devrons suivre notre chemin propre, et non plus en secret. Pour moi, le temps de la dissimulation est passé. Je vais chevaucher vers l'Est par la voie la plus rapide, et je prendrai les Chemins des Morts."
"Les Chemins des Morts ! s'écria Théoden, tremblant. Pourquoi parlez-vous d'eux ?" Eomer se tourna pour contempler Aragorn, et il parut à Merry que les figures des Cavaliers qui se trouvaient à portée de voix pâlissaient à ces mots. "S'il existe vraiment pareils chemins, reprit Théoden, leur porte est à Dunharrow : mais nul vivant ne peut la franchir."
"Hélas ! Aragorn, mon ami ! dit Eomer. J'avais espéré que nous partirions en guerre ensemble ; mais si vous cherchez les Chemins des Morts, notre séparation est venue, et il est peu probable que nous nous rencontrions de nouveau sous le Soleil."
"Je n'en prendrai pas moins cette route-là, dit Aragorn. Mais je vous le dis, Eomer : il se peut que nous nous retrouvions au combat, même si toutes les armées de Mordor se trouvent entre nous."
"Vous ferez comme vous l'entendrez, seigneur Aragorn, dit Théoden. C'est votre destin, peut-être, de fouler des chemins étranges que les autres n'osent aborder. Cette séparation m'afflige, et ma force en est diminuée ; mais je dois maintenant prendre les routes de la montagnes et ne plus différer. Adieu !"
"Adieu, seigneur ! répondit Aragorn. Courez vers un grand renom ! Adieu, Merry ! Je vous laisse en de bonnes mains, meilleures que nous ne l'espérions quand nous chassions les orques vers Fangorn. Legolas et Gimli continueront de chasser avec moi, j'espère ; mais nous ne vous oublierons pas."
"Au revoir !" dit Merry. Il ne trouva rien de plus à dire. Il se sentait très petit, et toutes les sombres paroles le déconcertaient et l'accablaient. La belle humeur irrépressible de Pippin lui manquait plus que jamais. Les Cavaliers étaient prêts, et leurs chevaux s'agitaient ; il souhait le départ, afin que tout fût fini.
Théoden parla alors à Eomer ; il leva la main et cria d'une voix forte, et là-dessus les Cavaliers se mirent en route. Ils franchirent la Chaussée et descendirent dans la Combe ; puis, tournant vivement vers l'Est, ils prirent un chemin qui longeait le pied des collines sur un mille environ avant de regagner les collines par un tournant au Sud et de disparaître à la vue. Aragorn alla jusqu'à la Chaussée et observa jusqu'à ce que les hommes du roi se fussent éloignés dans la Combe. Puis il se tourna vers Halbarad.
"Voilà partis trois hommes que j'aime, et le jeune non le moins, dit-il. Il ne sait pas vers quelle fin il se dirige ; mais il n'en irait pas moins s'il le savait."
"Ce sont de petites personnes que les gens de la Comté, mais de grande valeur, dit Halbarad. Ils ne connaissent pas grand-chose de notre long labeur pour la préservation de leurs frontières, mais je ne leur en tiens pas rigueur."
"Et maintenant, nos destins sont entrelacés, dit Aragorn. Pourtant, nous devons nous séparer ici, hélas ! Enfin... Il me faut me restaurer un peu, et puis nous aussi nous devrons nous hâter de partir. Venez, Legolas et Gimli ! Je dois vous parler tout en mangeant."
Ils retournèrent ensemble au Fort ; mais, attablés dans la salle, Aragorn resta un moment silencieux, et les autres attendirent qu'il prenne la parole. "Allons ! finit par dire Legolas. Parlez et reprenez courage, écartez la tristesse ! Que s'est-il passé depuis notre retour dans le matin gris à ce sinistre endroit ?"
"Une lutte plutôt plus sinistre en ce qui me concerne que la bataille de Fort le Cor, répondit Aragorn. J'ai regardé dans la Pierre d'Orthanc, mes amis."
"Vous avez regardé dans cette maudite pierre ensorcelée ! s'écria Gimli, dont le visage révélait la peur et l'étonnement. Avez-vous rien dit à... à lui ? Même Gandalf redoutait cette rencontre."
"Vous oubliez à qui vous parlez, dit Aragorn d'un ton sévère, et ses yeux étincelèrent. N'ai-je pas ouvertement proclamé mon titre devant les portes d'Edoras ? Que craignez-vous que je lui dise ? Non, Gimli, dit-il d'une voix radoucie ; la sévérité quitte son visage, et il n'eut plus l'air que d'un homme qui a peiné dans l'insomnie pendant bien des nuits. Non, mes amis, je suis le maître légitime de la Pierre, et j'avais tant le droit que la force de l'employer, du moins en jugeai-je ainsi. Le droit est indubitable. La force était suffisante – tout juste."
Il respira profondément. "Ce fut une lutte âpre, et la fatigue est lente à passer. Je ne lui dis pas un mot, et à la fin, je forçai la Pierre à n'obéir plus qu'à ma seule volonté. Cela seul, il le trouvera dur à supporter. Et il m'a vu. Oui, Maître Gimli, il m'a vu, mais sous une autre apparence que celle que vous me voyez actuellement. Si cela l'aide, j'ai mal fait. Mais je ne le pense pas. Savoir que je vis et que je cours la terre lui a porté un coup au c½ur, je suppose ; car il l'ignorait jusqu'à présent. Les yeux à Orthanc n'avaient pas vu à travers de Théoden ; mais Sauron n'a pas oublié Isildur et l'épée d'Elendal. Aujourd'hui, à l'heure même de ses grands dessins, l'héritier d'Isildur et l'Epée sont révélés ; car je lui ai montré la lame reforgée. Il n'est pas puissant au point d'être insensible à la peur : non, le doute le ronge toujours."
"Mais il n'en exerce pas moins une grande autorité, dit Gimli ; et il frappera maintenant d'autant plus rapidement."
"Un coup hâtif s'égare souvent, dit Aragorn. Nous devons serrer notre Ennemi et ne plus attendre ses mouvements. Voyez-vous, mes amis, en maîtrisant la Pierre, j'ai appris bien des choses. J'ai vu venir du Sud sur Gondor un grave péril qui retirera une grande force de la défense de Minas Tirith. Si on ne le contre pas rapidement, j'estime que la Cité sera perdue avant dix jours."
"Dans ce cas, elle sera perdue, dit Gimli. Car quel secours pourrait-il être envoyé, et comment y arriveraient-ils à temps ?"
"Je n'ai aucun secours à envoyer, il faut donc que j'y aille en personne, dit Aragorn. Mais il n'est qu'un chemin par les montagnes qui m'amènera aux régions côtières avant que tout ne soit perdu. Ce sont les Chemins des Morts."
"Les Chemins des Morts ! dit Gimli. C'est un nom funeste ; et qui plaît peu aux Cavaliers de Rohan, à ce que j'ai vu. Les vivants peuvent-ils suivre pareille route sans périr ? Et même si vous passez par là, que pourrait un si petit nombre pour parer les coups du Mordor ?"
"Les vivants n'ont jamais emprunté cette route depuis la venue des Rohirrims, répondit Aragorn, car elle leur est fermée. Mais en cette heure sombre l'héritier d'Isildur peut l'utiliser, s'il l'ose. Ecoutez ! Voici ce que me font savoir les fils d'Elrond de la part de leur père de Fondcombe, le plus versé dans la tradition : Invitez Aragorn à se rappeler les paroles du voyant et les Chemins des Morts."
"Et quelles sont donc les paroles du voyant ?" demanda Legolas.
"Ainsi parla Malbeth le voyant, du temps d'Arvedin, dernier roi de Fornost", dit Aragorn :
Sur la terre s'étend une longue ombre,
Des ailes de ténèbres atteignant l'ouest.
La Tour tremble ; le destin approche
Des tombeaux des rois. Les morts s'éveillent ;
Car l'heure est venue pour les parjures ;
à la pierre d'Erech ils se tiendront de nouveau
et ils entendront un cor retentir dans les montagnes.
De qui sera-ce le cor ? Qui les appellera
du gris crépuscule, les gens oubliés ?
L'héritier de celui à qui ils prêtèrent le serment.
Du Nord, il viendra, la nécessité l'amènera :
Il franchira la Porte des Chemin des Morts.
"De sombres voies, sans nul doute, dit Gimli, mais pas plus sombres que ne sont pour moi ces hampes."
"Si vous voulez les mieux comprendre, je vous invite à m'accompagner, dit Aragorn ; car cette voie, je vais maintenant l'emprunter. Mais je n'y vais pas de gaieté de c½ur ; seule la nécessité m'y oblige. Je veux donc que vous ne veniez que de votre plein gré, car vous y trouverez en même temps un dur labeur et une grande peur, sinon pis."
"Je vous accompagnerai même jusque dans les Chemins des Morts et à quelque fin où vous puissiez me mener", dit Gimli.
"Moi aussi, je viendrai, dit Legolas, car je ne crains pas les Morts."
"J'espère que les gens oubliés n'auront pas oublié la façon de se battre, dit Gimli, car, autrement, je ne vois pas pourquoi se soucier d'eux."
Extrait 2 :"Faramir ! cria-t-il d'une voix forte avec les autres. Faramir !" Et Faramir, percevant sa voix étrangère parmi la clameur des hommes de la Cité, se retourna pour abaisser son regard sur lui, et il fut stupéfait.
"D'où venez-vous ? demanda-t-il. Un semi-homme, et en livrée de la Tour ! D'où..."
Mais, sur ces entrefaites, Gandalf s'avança à son côté et parla : "Il est venu avec moi du pays des Semi-hommes, dit-il. Il est venu avec moi. Mais ne nous attardons pas ici. Il y a beaucoup à dire et à faire, et vous êtes las. Il nous accompagnera. Il le faut, en fait, car, s'il n'oublie pas plus que moi ses nouveaux devoirs, il doit être de nouveau de service auprès de son seigneur dans moins d'une heure. Venez, Pippin, suivez-nous !"
Ainsi arrivèrent-ils enfin à la chambre privée du Seigneur de la Cité. Là, des sièges profonds furent disposés autour d'un brasero à charbon de bois, et l'on apporta du vin ; et là, Pippin, à peine remarqué, se tint derrière le fauteuil de Denethor, sentant peu sa fatigue tant il écoutait avidement tout ce qui se disait.
Quand Faramir eut pris du pain blanc et bu une gorgée de vin, il se tint sur un siège bas à la gauche de son père. Gandalf était assis de l'autre côté dans un fauteuil de bois sculpté, légèrement en retrait ; et il sembla tout d'abord assoupi. Car Faramir ne parla au début que de la mission dont il avait été chargé dix jours auparavant ; il apportait des nouvelles d'Ithilien et des mouvements de l'Ennemi et de ses alliés, et il raconta le combat sur la route, au cours duquel les hommes de Harad et leur grande bête avaient été défaits : un capitaine rapportant à son maître des événements d'un ordre assez habituel, petites escarmouches de guerre de frontière qui paraissaient à présent vaines et insignifiantes, dépouillées de leur renom.
Puis Faramir regarda soudain Pippin. "Mais nous en venons maintenant à d'étranges affaires, dit-il. Car ce n'est pas le premier semi-homme que j'ai vu sortir des légendes du nord pour paraître dans les Terres du Sud."
A cette réflexion, Gandalf se redressa et serra les bras de son fauteuil ; mais il ne dit rien et arrêta d'un regard l'exclamation prête à sortir des lèvres de Pippin. Denethor regarda leurs visages et hocha la tête, comme pour signifier qu'il y avait déjà beaucoup lu avant que ce ne fît dit. Lentement, tandis que les autres restaient silencieux et immobiles, Faramir fit son récit, les yeux toujours posés sur Gandalf, encore que de temps à autre son regard s'égarât sur Pippin, comme pour rafraîchir le souvenir d'autres qu'il avait déjà vus.
Tandis que se déroulait l'histoire de la rencontre avec Frodon et son serviteur et des événements d'Henneth Annûn, Pippin se rendit compte que les mains de Gandalf tremblaient, serrés sur le bois sculpté. Elles paraissaient blanches à présent et très vieilles, et, en les regardant, Pippin vit que Gandalf, Gandalf lui-même, était inquiet, qu'il avait même peur. L'air de la pièce était renfermé et immobile. Enfin, quand Faramir parla de sa séparation d'avec les voyageurs et de leur résolutions d'aller à Cirith Ungol, sa voix baissa, il hocha la tête et soupira. Gandalf se leva alors d'un bond.
"Cirith Ungol ? La Vallée de Morgul ? dit-il. A quel moment, Faramir, à quel moment ? Quand les avez-vous quittés ? Quand atteindraient-ils cette Vallée maudite ?"
"Je les ai quittés il y a deux jours au matin, répondit Faramir. Il y a quinze lieues de là à la vallée du Morgulduin, en allant droit au sud ; et alors ils seraient encore à cinq lieues de la Tour maudite. Au plus tôt, ils ne pourraient y être avant aujourd'hui, et peut-être n'y sont-ils pas encore arrivés. Je vois en fait ce que vous craignez. Mais l'obscurité n'est pas due à leur entreprise. Elle a commencé hier soir, et tout l'Ithilien était dans l'ombre la nuit dernière. Il est clair pour moi que l'Ennemi avait longuement combiné une attaque contre nous, et l'heure en était déjà arrêtée avant que les voyageurs ne quittassent ma garde."
Gandalf arpenta la salle. "Avant-hier matin, près de trois jours de voyage ! A quelle distance se trouve le lieu de votre séparation ?"
"A quelques vingt-cinq lieues à vol d'oiseau, répondit Faramir. Mais je ne pouvais venir plus tôt. J'ai couché hier soir dans Cair Andros, la longue île dans le Fleuve au nord, que nous tenons en défense ; et des chevaux y sont entretenus sur notre rive. Quand les ténèbres grandirent, j'ai su que la hâte était nécessaire, et je suis parti de là avec trois autres qui pouvaient aussi avoir une monture. J'envoyai le reste de ma compagnie renforcer la garnison aux Gués d'Osgiliath. J'espère n'avoir pas mal fait ?" Il regarda son père.
"Mal fait ? s'écria Denethor, dont les yeux flamboyèrent soudain. Pourquoi le demander ? Les hommes étaient sous ton commandement. Ou me demandes-tu de juger tous tes actes ? Ton comportement est humble en ma présence ; il y a pourtant longtemps maintenant que tu ne t'es détourné de ton propre chemin sur mon conseil. Vois donc : tu as parlé avec adresse, comme toujours ; mais moi, n'ai-je pas vu ton regard fixé sur Mithrandir, cherchant si tu avait dit ce qu'il fallait ou trop ? Il y a longtemps qu'il a ton c½ur sous sa garde.
"Ton père est vieux, mais pas encore gâteux, mon fils. Je vois et j'entends comme j'ai toujours accoutumé ; et rien ne m'a échappé de ce que tu as à moitié dit ou passé sous silence. Je connais la réponse à bien des énigmes. Hélas, hélas pour Boromir !"
"Si ce que j'ai fait vous déplaît, mon père, dit posément Faramir, j'aurais bien voulu connaître votre pensée avant que le fardeau d'un jugement d'un tel poids me fût imposé."
"Cela aurait-il servi à modifier ton jugement ? dit Denethor. Je gage que tu aurais encore fait exactement la même chose. Je te connais bien. Tu veux toujours paraître noble et généreux comme un roi de l'ancien temps, bienveillant, et doux. Cela peut convenir à quelqu'un de haute lignée, s'il jouit de la puissance et de la paix. Mais dans les heures désespérées, la douceur peut n'avoir pour récompense que la mort."
"Soit !" dit Faramir.
"Soit ! s'écria Denethor. Mais pas seulement la tienne, Seigneur Faramir : celle aussi de ton père et de tout ton peuple, qu'il t'appartient de protéger, maintenant que Boromir est parti."
"Souhaiteriez-vous donc, dit Faramir, que nos rôles eussent été échangés ?"
"Oui, je le souhaiterais, certes, dit Denethor. Car Boromir était loyal envers moi ; il n'était l'élève d'aucun magicien. Il se serait souvenu des besoins de son père, et il n'aurait pas gaspillé ce que la fortune lui offrait. Il m'aurait apporté un beau cadeau."
Pendant un instant, la réserve de Faramir céda. "Je vous prierai de vous rappeler, mon père, pourquoi ce fut moi qui allai en Ithilien, et non lui. En une occasion, au moins, votre décision a prévalu, il n'y a pas longtemps. Ce fut le Seigneur de la Cité qui lui donna cette mission."
"Ne ranime pas l'amertume de la coupe que je me suis préparée moi-même, dit Denethor. Ne l'ai-je pas sentie maintes nuits à présent sur ma langue, prévoyant qu'il reste encore pis dans la lie ? Comme je le vois maintenant, en vérité. Ah, qu'il pût n'en pas être ainsi ! Que cette chose me fût parvenue !"
"Reprenez courage ! dit Gandalf. Boromir ne vous l'aurait apporté en aucun cas. Il est mort, et d'une belle mort ; qu'il repose en paix ! Mais vous vous abusez. Il aurait tendu la main cers cette chose, et, en la prenant, il serait tombé. Il l'aurait gardée pour son propre compte, et, à son retour, vous n'auriez pas reconnu votre fils."
Le visage de Denethor se durcit et se fit froid. "Vous avez trouvé Boromir moins facile à soumettre à votre direction, n'est-ce pas ? dit-il doucement. Mais moi qui étais son père, je dis qu'il me l'aurait apportée. Vous êtes peut-être un sage, Mithrandir, mais avec toutes vos subtilités, vous ne possédez pas toute la sagesse. On peut trouver des conseils qui ne relèvent ni des toiles des magiciens ni de la hâte des sots. Je possède en la matière davantage de savoir et de sagesse que vous ne l'imaginez."
"Quelle est donc cette sagesse ?" demanda Gandalf.
"Elle est suffisante pour percevoir qu'il est deux folies à éviter. L'usage de cet objet est dangereux. A l'heure présente, l'envoyer aux mains d'un semi-homme sans intelligence dans le pays de l'Ennemi lui-même, comme vous l'avez fait, vous et ce fils à moi, est pure folie."
"Et le Seigneur Denethor, qu'aurait-il fait ?"
"Ni l'une ni l'autre de ces deux choses. Mais assurément aucun argument ne lui aurait fait soumettre cet objet à un hasard que seul l'espoir d'un fou pouvait envisager, risquant notre ruine finale si l'Ennemi recouvrait ce qu'il avait perdu. Non, il aurait fallu le garder, le cacher, le cacher au plus profond des ténèbres. Ne pas s'en servir, dis-je, sinon dans la nécessité la plus extrême, mais le placer hors de son atteinte, sinon à la suite d'une victoire si finale que ce qui nous arriverait alors nous serait complètement égal, puisque nous serions morts."
"Comme à votre accoutumée, mon seigneur, vous ne pensez qu'au seul Gondor, dit Gandalf. Mais il est d'autres hommes et d'autres vies, et des temps encore à venir. Et, quant à moi, j'ai pitié même de ses esclaves."
"Et où les autres hommes chercheront-ils du secours, si le Gondor tombe ? répliqua Denethor. Si j'avais maintenant cet objet dans les profonds souterrains ce cette citadelle, nous ne tremblerions plus de peur sous cette obscurité, et nos conseils ne seraient pas troublés. Si vous ne croyez pas que je pourrais supporter l'épreuve, c'est que vous ne me connaissez pas encore."
Extrait 3 :Dans toutes les collines, les armées du Mordor faisaient rage. Les Capitaines de l'Ouest s'enfonçaient dans une mer grossissantes. Le soleil brillait d'une lumière rouge, et sous les ailes des Nazgûl les ombres mortelles tombaient, noires, sur la terre. Aragorn se tenait, sous sa bannière, silencieux et rigide, comme perdu dans des pensées sur les choses très lointaines ou d'un temps depuis longtemps passé ; mais ses yeux luisaient comme des étoiles d'autant plus brillantes que la nuit s'approfondit. Debout sur le sommet de la colline, Gandalf était blanc et froid, et nulle ombre ne tombait sur lui. L'attaque du Mordor déferlait telle une vague sur les collines assiégées, tandis que les voix s'élevaient comme le rugissement des flots dans un naufrage et le fracas des armes.
Comme si une soudaine vision s'était présentée à ses yeux, Gandalf fit un mouvement ; il se retourna vers le nord, où les cieux étaient pâles et clairs. Puis il leva les mains et cria d'une voix forte qui domina le fracas : Les Aigles viennent ! Et de nombreuses voix reprirent le cri : Les Aigles viennent ! Les Aigles viennent ! Les armées de Mordor regardèrent en l'air, se demandant ce que signe pouvait indiquer.
Vinrent Gwaihir le Seigneur des vents et son frère Landroval, le plus grand des Aigles du Nord, le plus puissant des descendants du vieux Thorondor, qui construisait ses aires sur les pics inaccessibles des Montagnes Encerclantes quand la Terre du Milieu était jeune. Derrière eux, en longues files rapides, s'avançaient tous leurs vassaux des montagnes du nord, portés à toute vitesse par un vent grandissant. Ils piquèrent droit sur les Nazgûl, plongeant soudain du haut des airs, et le mouvement rapide de leurs ailes était comme une rafale au passage.
Mais les Nazgûl, faisant volte-face, s'enfuirent et s'évanouirent dans les ombres de Mordor à un soudain et terrible appel de la Tour Sombre ; et, à ce moment même, toutes les armées de Mordor tremblèrent, le doute saisit les c½urs, les rires s'éteignirent, les mains tremblèrent et les membres faiblirent. La Puissance qui les menait et les emplissait de haine et de furie vacillait, sa volonté s'agissait plus sur elles, et, regardant dans les yeux de leurs ennemis, elles virent une lueur mortelle, et elles eurent peur.
Alors, tous les Capitaines de l'Ouest crièrent d'une voix forte, car leurs c½urs étaient emplis d'un nouvel espoir au sein de l'obscurité. Des collines assiégées de Gondor, les Cavaliers de Rohan, les Dunedain du Nord, se lancèrent en rangs serrés contre leurs ennemis fléchissants et percèrent de leurs lances implacables l'armée qui les serrait. Mais Gandalf leva les bras et cria de nouveau d'une voix claire :
"Arrêtez, Hommes de l'Ouest ! Arrêtez et attendez ! Nous sommes à l'heure du destin."
Et, tandis qu'il parlait, la terre se balança sous leurs pieds. Puis, s'élevant rapidement, loin au-dessus des Tours de la Porte Noire, loin au-dessus des montagnes, une vaste et croissante obscurité jaillit dans le ciel, avec des reflets intermittents de feu. La terre gémit et trembla. Les Tours des Dents oscillèrent, vacillèrent et tombèrent ; le puissant rempart s'écroula ; la Porte Noire fut projetée en ruine ; et de très loin, d'abord sourd, croissant, puis montant jusqu'aux nuages, vint un grondement, un mugissement, un roulement de bruit fracassant aux échos prolongés.
"Le royaume de Sauron est fini ! dit Gandalf. Le Porteur de l'Anneau a accompli sa Quête." Et comme les Capitaines contemplaient au sud le Pays de Mordor, il leur sembla que, noire sur le voile de nuages, s'élevait une ombre, impénétrable, couronnée d'éclairs, qui remplit tout le ciel. Elle se dressa, énorme, sur le monde et étendit vers eux une vaste et menaçante main, terrible mais impuissante : car, au moment où elle se penchait sur eux, un grand vent la saisit, tout fut emporté et disparut ; et un silence tomba.
Les Capitaines courbèrent la tête ; et quand ils regardèrent de nouveau, voilà que leurs ennemis s'enfuyaient et que la puissance du Mordor se dispersait comme poussière au vent. De même que lorsque la mort frappe l'animal qui occupe leur fourmilière et les tient toutes sous son empire, les fourmis errent stupidement sans but, puis meurent dans leur faiblesse, les créatures de Sauron, orques, trolls ou bêtes asservies par un charme, couraient stupidement de-ci de-là ; certaines se tuaient, se jetaient dans les puits ou s'enfuyaient en gémissant pour se cacher dans des trous et de sombres endroits sans lumière, loin de toute espérance. Mais les Hommes de Rhûn et de Harad, Orientaux et Suderons, voyaient la ruine de leur guerre, ainsi que la grande majesté et la gloire des Capitaines de l'Ouest. Et ceux qui étaient le plus profondément et depuis le plus longtemps en mauvaise servitude, haïssant l'Ouest, mais qui étaient des hommes fiers et hardis, se rassemblèrent à leur tour pour une ultime résistance et une bataille désespérée. Mais la plupart s'enfuirent, comme ils pouvaient, en direction de l'est ; et certains jetaient leurs armes et imploraient merci.
Extrait 4 :Le nettoyage nécessita assurément beaucoup de peine, mais il prit moins de temps que Sam ne l'avait craint. Le lendemain de la bataille, Frodon se rendit à Grand'Cave et libéra les détenus des Trous-prisons. L'un des premiers qu'ils trouvèrent fut le pauvre Fredegar Bolger, qui n'était plus du tout Gros Bolger. Il avait été pris quand les bandits avaient fait sortir de leurs cachettes dans les Trous des Grisards près des collines de Scary, en les enfumant, une bande de rebelles qu'il menait.
"Tu aurais mieux fait de venir avec nous, après tout, pauvre vieux Fredegar !" dit Pippin, tandis qu'on portait le malheureux, trop faible pour marcher.
Il ouvrit un ½il et essaya vaillamment de sourire. "Quel est ce jeune géant à la voix forte ? murmura-t-il. Pas le petit Pippin ! Quel est ton tour de tête, maintenant ?"
Et puis, il y avait Lobelia. La pauvre créature avait un aspect très âgé et très maigre quand on la tira d'une étroite et sombre cellule. Elle tint à sortir en clopinant sur ses propres pieds ; et quand elle apparut, appuyée sur le bras de Frodon, mais étreignant toujours son parapluie, il y eut tant d'applaudissements et d'acclamations qu'elle en fut tout émue et s'en alla en larmes. De toute sa vie, elle n'avait jamais été bien vue. Mais, accablée par la nouvelle du meurtre de Lothon, elle ne voulut pas retourner à Cul de Sac. Elle le rendit à Frodon et alla rejoindre sa propre famille, les Sanglebuc de Roccreux.
A sa mort au printemps suivant – elle avait après tout plus de cent ans – Frodon fut en même temps surpris et très ému : elle lui avait légué tout ce qui restait de sa fortune et de celle de Lothon pour venir en aide aux hobbits privés de foyer par les troubles. Ainsi se termina cette inimitié.
Le vieux Will Piedblanc était resté dans les Trous-prisons plus longtemps que quiconque, et, bien qu'il eût peut-être été moins maltraité que certains, il fallait beaucoup de suralimentation avant qu'il ne pût reprendre son rôle de Maire ; aussi Frodon accepta-t-il d'agir comme son Délégué jusqu'à ce que M. Piedblanc retrouvât sa forme. Son seul acte ès qualité fut de ramener les Shiriffes à leurs fonctions propres et à leur nombre normal. La tâche de débusquer les derniers bandits fut laissée à Merry et Pippin, et ce fut bientôt fait. Les bandes du Sud, à la nouvelle de la Bataille de Lézeau, s'enfuirent du pays et offrirent peu de résistance au Thain. Avant la Fin de l'Année, les quelques survivants furent encerclés dans les bois, et ceux qui se rendirent furent reconduits aux frontières.
Cependant, les travaux de restauration allèrent bon train, et Sam fut très occupé. Les hobbits peuvent travailler comme des abeilles quand l'humeur et la nécessité les prennent. Il y eut alors des milliers de mains volontaires de tous âges, de petites mains agiles des garçons et filles hobbits à celle usées et calleuses des anciens et des vieilles. Avant la fin de Décembre, il ne restait plus brique sur brique des nouvelles Maisons des Shiriffes ou de quoi que ce fût de ce qu'avaient édifié les "Hommes de Sharcoux" ; mais les matériaux servirent à réparer maints vieux trous et à les rendre plus confortables et plus secs. On découvrit de grandes réserves de marchandises, de nourriture et de bière que les bandits avaient cachées dans des baraquements, des granges et des trous abandonnés, et surtout dans les tunnels de Grand'Cave et dans les anciennes carrières de Scary ; de sorte que l'on fit bien meilleure chère en cette fin d'année que personne ne l'avait espéré.
Une des premières choses accomplies à Hobbitebourg, avant même la destruction du nouveau moulin, fut le déblaiement de la Colline et de Cul de Sac et la restauration du Chemin des Trous du Talus. Le devant de la nouvelle sablière fut entièrement aplani et transformé en un grand jardin abrité, tandis que de nouveaux trous étaient creusés, sur la face sud, dans la Colline, et revêtus de brique. Le Numéro Trois fut rendu à l'Ancien, qui dit souvent, sans se soucier de qui pouvait l'entendre : "A quelque chose malheur est bon, comme je l'ai toujours dit. Et tout est bien qui finit mieux !"
Il y eut quelque discussion sur le nom à donner au nouveau chemin. On pensa à Jardins de la Bataille ou à Meilleurs Smials. Mais au bout d'un moment, on l'appela tout simplement, à la manière raisonnable des hobbits, le Chemin Neuf. Cela resta une plaisanterie tout à fait dans le goût de Lézeau de le désigner sous le nom de Cul de Sharcoux.
La perte et le dommage principaux étaient les arbres, car, sur l'ordre de Sharcoux, ils avaient été férocement coupés dans toute la Comté ; et Sam en fut plus affligé que de tout le reste. En premier lieu, il faudrait longtemps pour remédier à ce dommage, et seuls ses arrière-petits-enfants, pensait-il, verraient la Comté comme elle devait être.
Puis, soudain, un jour – car il avait trop occupé durant des semaines pour accorder une pensée à ses aventures – il se rappela le don de Galadriel. Il sortit la boîte et la montra aux autres Voyageurs (car c'est ainsi que tout le monde les appelait à présent), pour avoir leur avis.
"Je me demandais quand tu y penserais, dit Frodon. Ouvre-la !"
Elle était remplie d'une poussière grise, douce et fine, au milieu de laquelle se trouvait une graine semblable à une petite noix à la coquille argentée. "Que puis-je faire de ça ?" dit Sam.
"Jette-le en l'air par un jour de vent et laisse-le faire son ½uvre !" dit Pippin.
"Sur quoi ?" demanda Sam.
"Choisis un endroit comme pépinière, et vois ce qui arrivera là aux plantes", dit Merry.
"Mais je suis bien sûr que la Dame n'aimerait pas que garde tout pour mon propre jardin, maintenant que tant de gens ont souffert", dit Sam.
"Fais appel à toute ta tête et à toute tes connaissances personnelles, Sam, dit Frodon ; puis utilise le don pour aider à ton travail et l'améliorer. Et emploie-le avec parcimonie. Il n'y en a pas beaucoup, et j'imagine que chaque grain est précieux."
Sam fit donc des plantations à tous les endroits où des arbres particulièrement beaux ou aimés avaient été détruits, et il plaça un grain de la précieuse poussière dans la terre à la racine de chacune. Il parcourut toute la Comté pour ce travail ; mais personne ne le blâma de consacrer une attention spéciale à Hobbitebourg et à Lézeau. Et, à la fin, il vit qu'il lui restait une petite quantité de la poussière ; il alla donc à la Pierre des Trois Quartiers, qui est à peu près au point central de la Comté, et la jeta en l'air avec sa bénédiction. La petite noix d'argent, il la planta dans le Champ de la Fête, où l'arbre se trouvait autrefois ; et il se demanda ce qu'il en adviendrait. Durant tout l'hiver, il conserva toute la patience qu'il pouvait rassembler, faisant tous ses efforts pour se retenir d'aller constamment voir s'il se passait quelque chose.
Le Printemps surpassa ses espoirs les plus fous. Ses arbres pointèrent et se mirent à pousser comme si le temps, pressé, voulait faire en un an l'½uvre de vingt. Dans le Champ de la Fête, jaillit un jeune arbre magnifique : il avait l'écorce argentée et de longues feuilles, et, en Avril, il se couvrit d'une floraison dorée. C'était, en fait, un mallorne, et il fit l'émerveillement de tout le voisinage. Dans les années suivantes, comme il croissait en grâce et en beauté, il fut connu partout, et les gens venaient le voir de loin : c'était le seul mallorne à l'ouest des Montagnes et à l'est de la Mer, et l'un des plus beaux du monde.
De tout point de vue, 1420 fut dans la Comté une année merveilleuse. Il n'y eut pas seulement un soleil magnifique et une pluie délicieuse aux moments opportuns et en proportion parfaite, mais quelque chose de plus, sembla-t-il : un air de richesse et de croissance, et un rayonnement de beauté surpassant celui des étés mortels qui vacillent et passent sur cette Terre du Milieu. Tous les enfants nés ou conçus en cette année, et il y en eut beaucoup, étaient robustes et beaux, la plupart avaient une riche chevelure dorée, rare auparavant parmi les hobbits. Il y eut une telle abondance de fruits que les jeunes hobbits baignaient presque dans les fraises à la crème ; et après, ils s'installaient sur les pelouses sous les pruniers et mangeaient jusqu'à élever des monceaux de noyaux semblables à de petites pyramides ou aux crânes entassés par un conquérant ; après quoi, ils allaient plus loin. Et personne n'était malade, et tout le monde était heureux, sauf ceux à qui il revenait de tondre l'herbre.
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Et toi, qu'en pense-tu ?